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  <title>CHEZLEVETO.COM - Observance</title>
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  <description>Quelques billets sur la relation si particulière que nos concitoyens entretiennent avec leurs animaux. Point de vue d'un vétérinaire.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 18 Jun 2013 23:53:38 +0200</pubDate>
  <copyright>2008-2013, tous droits réservés</copyright>
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    <title>Interrogatoire (2/2)</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/16/Interrogatoire-2/2</link>
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    <pubDate>Tue, 16 Dec 2008 16:20:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Antifongique</category><category>Antitibiotique</category><category>Chien</category><category>Labrador</category><category>Observance</category><category>Othématome</category><category>Otite</category><category>Prurit</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le vétérinaire devient enquêteur...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/andrejosiane.jpg&quot; alt=&quot;andrejosiane.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/10/Interrogatoire-1/2&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Lire le premier épisode&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;_&quot;Et il mange quoi Kouglof ?&quot;&lt;br /&gt;
_&quot;Des croquettes, Docteur&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tiens, ils m'appellent &quot;Docteur&quot; pour la première fois depuis le début de la consultation. Ce soupçon de considération est un signe positif. André et Josiane, bien qu'un peu plus démasqués à chaque minute qui passe, considèrent qu'ils ne perdent pas leur temps. C'est un bon point d'autant que je leur annonce pourtant lentement que mon confrère a raison et que le deuxième avis qu'ils viennent chercher est le même. Pourtant, cela n'empêche pas Josiane de me mentir effrontément une troisième fois: Kouglof ne mange pas que des croquettes. Un labrador qui ne mange que des croquettes n'a pas la croupe aussi ronde et la peau aussi rouge. Tiens, mais oui, elle est rouge cette peau&amp;nbsp;! Je poursuis mon examen clinique tout en continuant l'interrogatoire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Des croquettes. Bien. Et quoi d'autre ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Josiane tient bon et renvoie: &quot;rien d'autre&quot;. Je décide alors de charger André, proie plus facile je le reconnais, mais il faut que j'avance. Je me tourne vers le brave homme déjà décomposé par les mensonges répétés de son épouse, mensonges dont il est complice. _&quot;Et en fin de repas, vous lui donnez les restes de viande ou les restes de dessert&quot;. Soulagé de pouvoir enfin dire une vérité, André se précipite et répond: &quot;ah non, jamais de sucreries, ça, jamais !&quot;. Je suis contraint de conclure l'échange: _&quot;Il prend donc des restes de viandes tous les jours&quot;. André, qui ne s'aperçoit toujours pas que je prêche le faux pour avoir le vrai est ravi de poursuivre hors du mensonge. _&quot;Ah non, jamais le lundi, car on ne mange pas à la maison le lundi midi. On est au club.&quot;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avançons bien et à ce stade, il me parait important de faire une synthèse courte mais précise de tout ce qui est avoué pour que Josiane et André n'aient aucun doute sur tout ce que je sais et qu'ils ont voulu me cacher. J'envoie: &quot;En fait, Kouglof fait des otites à répétition et enchaîne les problèmes de peau au point qu'il n'en est pas à son premier othématome. Et Kouglof mange un peu de tout.&quot; Josiane et André sont comme au bord d'un précipice. Il ne manque plus grand chose pour qu'ils fassent le grand saut. Un zeste d'empathie bien placé doit pouvoir achever de les confondre. Je m'approche d'un pas en tentant de prendre un regard qui exprimerait à la fois la compassion et l'admiration devant ce quasi-sacerdoce qu'est Kouglof et dis plus lentement, presque chaleureusement: &quot;et ça ne doit pas être si évident de soigner les oreilles de Kouglof&quot;. Je me tais. Josiane et André vont craquer. Ca y est, ils craquent. L'avantage avec les aveux, c'est que quand ils arrivent ils sont souvent exhaustifs et détaillés. Dans la déferlante d'explications et de justifications que je m'apprête à recevoir, il est même possible que mes sympathiques octogénaires arrivent finalement à placer la discussion philosophique sur le temps qu'il fait, discussion qu'ils n'ont pas pu placer au début de la consultation.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il s'agit maintenant de trier dans ce qui sort, ce que je sais déjà, ce que je voudrais savoir et ce qui ne me sert à rien comme l'évolution de la météo par rapport à l'hiver dernier. Ainsi, après quinze bonnes minutes, Josiane et André avouent tout: les otites à répétitions, le &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Prurit&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;prurit&lt;/a&gt; régulier, le fait qu'ils ne veuillent plus opérer les oreilles du chien, la difficulté qu'ils ont, à leur âge, de nettoyer correctement les oreilles de Kouglof et également leur désir d'un second avis. C'est bien un problème d'observance: Kouglof ne guérit pas parce que Kouglof ne reçoit pas son traitement correctement. Puis Josiane et André m'expliquent tour à tour non sans critique la stratégie alimentaire du conjoint pour leur chien. Ils ne sont pas d'accord sur la façon de le nourrir et appliquent finalement leurs deux stratégies simultanément. Kouglof est passé de carnivore à omnivore et il pourra y avoir un rapport avec l'état inflammatoire quasi-permament de l'ensemble de son territoire cutané, oreilles comprises.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Etant certains que chacune des parties en présence possède tous les éléments du dossier, nous pouvons commencer à envisager un traitement aussi bien pour l'othématome que pour ces problèmes dermatologiques chroniques.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je passe devant la maison d'André et Josiane tous les soirs quand je rentre chez moi. Ca fait 10 jours que je m'y arrête, en fin de journée, une dizaine de minutes, le temps de réellement nettoyer les oreilles de Kouglof et d'appliquer correctement le traitement antifongique et antibiotique. Kougloff va mieux, bien mieux. Et nous avons attaqué, peut-être pas un régime, mais une façon plus rationnelle et terriblement canine de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;NDA: Je veux sincèrement remercier Aurélie de La Pontais, graphiste, lectrice de ce blog, qui a eu la gentillesse de représenter Josiane et André, telle qu'elle les imaginait d'après la description, et vous invite à découvrir son &lt;a href=&quot;http://www.aureliedelapontais.com&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;site&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Interrogatoire (1/2)</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/10/Interrogatoire-1/2</link>
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    <pubDate>Wed, 10 Dec 2008 22:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Chien</category><category>Labrador</category><category>Observance</category><category>Othématome</category><category>Otite</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le vétérinaire devient enquêteur...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/poirot.gif&quot; alt=&quot;poirot.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Kouglof a 14 ans. André en a 82. Et Josiane, sa femme, 78. Allez, plus que 26 ans et ils fêteront un bicentenaire à eux trois&amp;nbsp;! Kouglof est un sympathique labrador que son âge honorable a bien calmé. Placide, débonnaire, Kouglof suit ses maîtres, à moins que ce soit eux qui ne le suivent. Il a conservé ses attitudes de chien joueur pourtant maintenant fortement ralenties. C'est ça, Kouglof s'approche de moi en me faisant la fête mais au ralenti. Il avance en baissant la tête, l'inclinant alternativement à gauche et à droite, clignant des yeux de façon régulière. Kouglof me fait confiance ou, du moins, il me reconnaît comme un supérieur hiérarchique et il me le montre. Techniquement, on parle de signaux d'apaisement. André et Josiane suivent mais font moins la fête. André précède Josiane. André est petit, presque chauve. Il porte un pantalon de velours et un gilet, certes de qualité, mais trop ancien. Il se déplace difficilement. Josiane, plus alerte, ferme la marche. Elle s'est enveloppée, telle une momie, dans un imperméable gris qui doit être référencé comme accessoire officiel pour les exhibitionnistes. Gris et rigide, il ne laisse dépasser que la tête de Josiane, recouverte d'un mauvais brushing sur des cheveux devenus trop fins, et encerclée par des lunettes aux montures trop larges.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Il a une oreille qui est grosse&quot; me lance André que je vois pour la première fois. Puis il se tait. Il me regarde. Josiane ne dit rien. Pas normal. Ce trio de presque 200 ans devrait parler plus, me raconter comment ça va, le chien bien sûr, mais eux également, intercaler une analyse technique et philosophique sur le temps qu'il fait, tout en n'omettant pas de passer de longues minutes sur les petits-enfants qui vont venir à Noël. Rien. Ca sent le piège ou plus exactement le fameux &quot;second avis&quot;. André et Josiane ont probablement consulté un confrère et, n'étant pas satisfaits de la vitesse d'amélioration, viennent chercher un deuxième avis pour confirmer ou infirmer le premier. Dans ce genre de situation, la probabilité que mon confrère ait visé juste est proche de 100%. Si le traitement prescrit ne marche pas, c'est soit parce qu'André et Josiane l'appliquent mal (on parle de difficulté d'observance), soit parce qu'ils n'ont pas donné, consciemment ou non, toutes les informations nécessaires lors de la première consultation. Etant donné la relative dextérité qu'exige le traitement auriculaire d'un labrador fut-il âgé, on pourrait penser, en première intention, qu'il s'agit de la première option: André et Josiane n'arrivent pas à mettre les gouttes. Le cas s'aggrave et il viennent chercher chez moi une confirmation à la fois du diagnostic et du traitement. Mais ce n'est peut-être pas si simple que ça.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un rapide examen montre que Kouglof souffre d'un othématome, sorte d'épanchement sanguin au sein de l'oreille, déclenché par des mouvements de tête violents et répétés. Et pour cause, Kouglof souffre d'une otite bilatérale, otite dite à champignons. L'absence de liquide gras dans les conduits auditifs confirme que informations ou pas, André et Josiane ne mettent pas les gouttes dans les oreilles de Kouglof. L'option 1 est déjà validée. A ce stade, confirmer à André et Josiane que mon confrère a raison serait prématuré même si c'est pourtant le cas. Il est trop tôt pour qu'ils comprennent que j'ai déjà déduis qu'un autre vétérinaire était passé avant moi et que de surcroît je confirme son diagnostic. La nature humaine est ainsi faite: leur tentative de deuxième avis qui a pourtant occupé leur matinée -et c'est déjà un point positif- serait trop courte, donc frustrante. Un train pouvant en cacher un autre, je cherche à savoir si André et Josiane ne sont pas des cumulards, groupant à la fois le fait de ne pas suivre correctement les traitements avec la subtile capacité de ne distiller qu'une partie des informations concernant leur chien. Je commence mon interrogatoire. Après un long silence, avec un ton sec pour les prendre par surprise et, qui sait, peut-être les désarmer, je lance:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;ça va faire longtemps qu'il a des otites&amp;nbsp;? On voit très bien que la muqueuse est profondément remaniée, ce qui n'arrive pas en une seule fois&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;André est effectivement surpris. L'effet est immédiat. Il ne sait que répondre, déjà confondu. Il est à deux doigts des aveux. C'est sans compter sur Josiane, qui décide de prendre les choses en main. Ce sera plus dur avec Josiane. D'un geste que son grand imperméable contribue à rigidifier, elle écarte André, s'approche et me répond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;oui, il en a déjà fait, il y a longtemps. Mais depuis plusieurs années, ça s'était calmé&quot;. Bip. Le détecteur de mensonge confirme: Josiane ment. Ces oreilles baignent dans le pus 6 mois par an, tous les ans. La parade était prête, j'envoie:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;donc vous savez les traiter ces otites. Vous les traitez avec quoi, d'habitude ?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Coincée, Josiane me liste 3 produits qu'elle utilise en cas de crise. Montée en pression toute policière, je surenchéris immédiatement:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;pourquoi n'en avez vous pas mis là&amp;nbsp;? il a les conduits auditifs tous secs ?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;André vient de perdre 2 centimètres de hauteur. Il se tasse un peu plus à chaque question. Il regarde le sol. Et quand il jette un oeil à son épouse, il semble dire: &quot;allez, avoue Maman, c'est trop tard&quot;. Mais Josiane est dure. C'est un peu le chef de la bande dans ce cambriolage sanitaire pourtant finement préparé. Mensonge n°2, elle rétorque:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;c'est à dire que là, avec cette oreille qui a grossi autant pour la première fois, on n'a pas voulu mal faire&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Faux Josiane. Mais je suis en forme. J'ai bien mangé ce matin. Il faut acculer. Alors acculons. J'avance un peu vers Josiane et renvoie:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;vous êtes sûre que c'est la première fois. Il y a là des cicatrices qui montrent qu'il y a eu intervention chirurgicale par le passé pour réduire un premier othématome&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Josiane est confondue. Du regard, elle appelle son mari à l'aide. N'écoutant que son courage et surtout la promesse d'engagement conjugal qu'il fit il y a maintenant un demi-siècle, André, solidaire, vient au secours de son épouse:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Mais si, Josiane, tu ne te rappelles pas, il y a 2 ans&quot;. Sauvée, Josiane feint de confirmer, mettant ce mensonge sur le compte de l'oubli. Comme quoi, être vieux a ses avantages. Beau joueur, j'accepte ces mauvais aveux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après quelques minutes, nous avons bien avancé. Mes clients ne contestent plus qu'une otite bilatérale dure depuis plusieurs années, qu'elle entraîne des othématomes récidivants, au moins deux, qu'un autre vétérinaire a déjà suivi le cas puisqu'il a même pratiqué une intervention chirurgicale pour réduire le premier othémathome, et que cette dernière otite n'est pas traitée. De surcroît, André et Josiane sont affaiblis par ces premiers aveux. Je me doute qu'il y a d'autres choses à avouer pour obtenir un historique complet de cette pathologie (on parle d'anamnèse). Je continue.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/16/Interrogatoire-2/2&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;à suivre.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Appeler un chat &quot;un chat&quot;</title>
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    <pubDate>Wed, 29 Oct 2008 21:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Bronchite</category><category>Chat</category><category>Injection</category><category>Observance</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le langage doit être précis...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/feu_cheminee.jpg&quot; alt=&quot;feu_cheminee.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Qu'il fait chaud&amp;nbsp;! La chaleur de cette pièce est étouffante. Le vent froid de la rue fouette les visages suffisamment pour les rendre trop sensibles à une chaleur imprévue. Je viens de rentrer dans la petite maison à l'adresse indiquée. Marthe m'a ouvert la porte. Elle m'attendait avec impatience. Déjà, dans la rue, j'ai senti les jets de chaleur venant de l'intérieur. Marthe m'entraîne dans la cuisine. Nous traversons un couloir sombre. Arrivés à la bonne porte, elle me fait signe d'entrer, de passer devant. Je rentre. Le feu de cheminée et un mauvais néon sont insuffisants pour bien éclairer la pièce. La chaleur y est plus intense encore. Je suis sûr qu'il fait plus de 25°C dans cette pièce. Il fait chaud. Trop chaud.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mes yeux s'habituent peu à peu à la luminosité. Sépia, voilà, on est en sépia: la cheminée, le néon et les volets mi-clos se combinent pour colorer l'ensemble de la pièce en brun-ocre. L'ensemble est bien monochrome. Il s'agit peut-être d'un conditionnement cinématographique mais cet angle de vue, en sépia donc, quasiment une mise en scène, me plonge plus de cinquante ans en arrière. Dehors, le vent froid souffle et on est en 2008. Dans cette cuisine, il fait trop chaud et on tutoie péniblement les années cinquante. L'évier est en pierre, à gauche, creusé dans la masse. Sous l'évier, un vieux tissu a visiblement été proclamé &quot;porte de placard&quot;. Sur le mur du fond se côtoient la cheminée et un système de cuisson vétuste, les deux appareils partageant sûrement la même source de chaleur. Sur le mur de droite, un buffet centenaire soutient la vaisselle et le poids des années qui passent. Au milieu de la pièce se trouve l'unique table recouverte d'une mauvaise toile cirée. Et sur la table trône le chat, sur son coussin. Les claquements du bois de la cheminée, le sifflement de la bouilloire qui agonise et les commentaires éclairés de Marthe se noient dans un brouhaha continu qui, lui aussi, parvient à se faire une place dans cette petite pièce centrale déjà remplie de chaleur enfumée. Le bruit et le choc temporel ne m'ont pas permis, en rentrant dans la pièce, de voir immédiatement Aimée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai d'abord entendu Aimée avant de la voir: elle a répondu à mon &quot;Il fait chaud chez vous&quot; par un &quot;c'est pour moi&quot; émis entre les quelques dents qui lui restent. Aimée est l'aïeule de la famille, la mère de Marthe, elle-même déjà grand-mère. Proche du siècle, fine, presque maigre, les cheveux blancs, Aimée est un signe du temps qui passe. Les rides de sont visage sont tellement nombreuses qu'elles finissent par former une sorte de maillage complexe, un quasi-échaffaudage qui paradoxalement parait solidifier le reste du visage; c'est la peau saine qui semble anormale. Aimée est recroquevillée sur son siège, au coin du feu. Elle continue à me parler et me confirme son âge mais elle est très vite interrompue par un &quot;tais-toi maman !&quot; tant Marthe souhaite focaliser mon attention sur son chat. Cricri est une chatte castrée d'une dizaine d'années, pas trop vaccinée. Et Cricri tousse de plus en plus fort.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je quitte donc Aimée au profit de Cricri. Cricri souffre d'une bronchite assez sévère qu'il convient de traiter. Je commence à expliquer la situation à Marthe, très vite interrompu, une fois encore, par un &quot;qu'est-ce qu'il dit ?&quot; d'Aimée. Nous voilà parti dans une double traduction en temps réel, la mienne pour vulgariser le mieux possible le diagnostic et le traitement à Marthe, et celle de Marthe à sa mère. J'explique que je vais faire une injection à Cricri, qu'il conviendra de donner des comprimés et qu'il faudra me tenir au courant. Nous voilà tous d'accord sur le protocole. Marthe est rassurée. &quot;Hein ?&quot; &quot;Je dis que votre fille est rassurée, Aimée !&quot;. Je prépare la piqûre. Marthe, soulagée, en profite pour échafauder une théorie pas si fausse liant météorologie et moral. J'acquiesce, par politesse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors, sûr de moi, avant que Marthe ne démarre une autre théorie, je lance l'opération piqûre avec un &quot;bon, allez, on la pique !&quot;. Est-ce la chaleur étouffante de la pièce&amp;nbsp;? Quelques secondes. La séquence en sépia est stoppée nette. Un arrêt sur image qui est interminable. En un instant, je vois le chat, toujours à sa place, Aimée, toujours sur sa chaise et le terrible regard de Marthe qui trahit son état d'esprit, ce terrible regard qui révèle un humour improbable surgi d'on ne sait où. Marthe et moi pensons la même chose au même moment: on la pique&amp;nbsp;? Qui&amp;nbsp;? Le chat ou Mamie&amp;nbsp;? Nous n'avons pas souri. Aimée n'a rien entendu, tant mieux. Et je n'ai pas cru bon rajouter: &quot;...euh, la chatte&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai fait son injection à Cricri. Marthe, en mère responsable a appliqué l'ordonnance à la lettre; dans notre métier, on parle d'observance. Cricri va bien depuis. Et Aimée est toujours là: entre la cheminée et Cricri qui dort sur la table.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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