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  <title>CHEZLEVETO.COM</title>
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  <description>Quelques billets sur la relation si particulière que nos concitoyens entretiennent avec leurs animaux. Point de vue d'un vétérinaire.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Sun, 05 Sep 2010 08:56:50 +0200</pubDate>
  <copyright>2008, tous droits réservés</copyright>
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    <title>On passe à autre chose ?</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2009/10/15/On-passe-a-autre-chose</link>
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    <pubDate>Thu, 15 Oct 2009 09:27:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En voyage</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Chers tous,&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne serait-il pas temps de passer à autre chose&amp;nbsp;? Le blog a 18 mois et comme le précédent blog dansletgv.com, il m'a permis de prendre un sacré recul sur mon activité du moment. Et comme dansletgv.com, il m'a permis de rencontrer plusieurs internautes avec qui je garde des contacts fructueux&amp;nbsp;! Je ne prends plus le temps d'écrire. Pourtant ce ne sont pas les sujets qui manquent lors des consultations. Il est surement temps de passer à autre chose. Ah&amp;nbsp;! Changer, c'est certainement ce qu'il y a de plus passionnant. Bon, ça me reprendra peut-être un jour. On verra. Merci à tout ceux (136125 d'après les stats au 15 octobre) qui ont pris le temps de lire ces billets et de les critiquer. Un clin d'oeil particulier à Ophise, Nevrosia, Pupucefreewoman, Orion, Françoise, Steph, et Orelyly&amp;nbsp;! A bientot.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
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    <title>L'ascenseur</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2009/09/01/Chacun-cherche-son-chat</link>
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    <pubDate>Tue, 01 Sep 2009 17:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Chat</category><category>Contention</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand la consultation intègre la 3eme dimension...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/./.siege_s.jpg&quot; alt=&quot;siege.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Je ne dérange pas, là.&quot;&lt;br /&gt;
_&quot;Si, il peut venir du monde&quot;, me répond un touriste encore bien pâle.&lt;br /&gt;
_&quot;Ce n'était pas une question&quot;, lui renvoie-je tout en continuant de garer mon véhicule.&lt;br /&gt;
Il est 10h du matin. Il fait déjà bien chaud. Dans cette autre résidence du littoral (voir &lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/10/19/La-statut-du-lapin&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;La Statue du lapin&lt;/a&gt;), on affiche complet. Les parkings trop petits voient s'entasser des dizaines de voitures. C'est comme si le bouchon sur l'autoroute qui a encerclé chaque vacancier pendant la transhumance était translaté, tel quel, dans ces résidences de vacances, ô lieu invivable pendant les quinze jours où l'on y est, et tellement souhaité pendant les 350 autres jours de l'année où on n'y est pas. Presque trop grands et terriblement vides pendant l'hiver, ces amoncèlements d'appartement-cabine tiennent plus de la fourmilière pendant la saison. Les larges façades ocres, fraichement repeintes, laissent dépasser une armée de petits soldats, à travers les fenêtres, dans les coursives ouvertes, sur les paliers, devant les garages. Tout le monde rentre, tout le monde sort. Attention, il y en a un qui tombe au 3e étage. Ah non, il se baisse pour étendre son linge. Prodige, finalement, que de laisser cohabiter tant de monde dans un espace si réduit. Il fait vraiment chaud.&lt;br /&gt;
Je viens voir Fernande. Fernande est une passionnée de chats qui habite au dernier étage de la fourmilière, ce qui n'en fait pas la reine. La seule prérogative dont elle puisse se prévaloir est celle d'être là à l'année avec tous les avantages et les inconvénients que cela comporte.
Je file dans la coursive du 4e étage, manque de glisser en marchant sur 2 boules vanille-pistache qui achèvent leur lente agonie vers l'état d'équilibre et parviens à la porte de Fernande. Je sonne. Je re-sonne. Je finis par ouvrir la porte qui n'est pas fermée à clé.&lt;br /&gt;
_&quot;Il y a quelqu'un ?&quot;&lt;br /&gt;
_&quot;Fermez la porte, vite, les chats&quot;, tente de hurler une voix qui semble bien au dessus de moi.&lt;br /&gt;
Je ferme la porte. Aucun chat n'a eu le temps de passer. Un, deux, trois, cinq, huit. Huit. Au premier coup d'œil, je vois huit chats, certains effrayés par l'intrusion, d'autres totalement étrangers à ce qui se passe. Très bizarrement, l'odeur si caractéristique des chatteries ne me monte pas au nez. Il n'y a même pas d'odeur d'urine. Presque, ça sentirait le propre, ce qui est exceptionnel pour un endroit si peuplé. Je n'ai toujours pas vu Fernande qui hurle, toujours au dessus de ma tête: _&quot;Aucun chat n'est sorti ?&quot;. _&quot;Non, aucun&quot;. _&quot;Entrez, entrez&quot;, lance-t-elle. Je fais trois pas vers la seule baie vitrée de l'appartement. Trois des huit chats filent se cacher sous un mauvais canapé convertible. Canapé, réfrigérateur, machine à laver, il n'y a finalement pas tant de place pour les chats et moi. _&quot;Bonjour Docteur&quot;, continue Fernande. Je me retourne pour découvrir alors une sorte de mezzanine en hauteur du haut de laquelle Fernande me regarde. Elle aussi fait très propre. Son visage est souriant, presque apaisé. Elle a des cheveux blancs, fins, mi-longs. Son teint halé est un autre signe de diagnose différentielle entre l'autochtone et le juilletiste fraichement arrivé. D'un regard, je parcours le reste de la loggia pour retrouver un des chats vu en bas et 3 autres. _&quot;Onze chats, vous avez onze chats ?&quot; _&quot;Non, treize. il y en a un sous le lit et un dedans&quot;, me répond Fernande en désignant son lit visiblement derrière elle, sur la mezzanine. Elle continue: _&quot;Tiens d'ailleurs, c'est la Grisette sous le lit qu'il faut regarder&quot;. Je lance: _&quot;Voulez-vous que je monte la prendre ?&quot; _&quot;Non, ce n'est pas utile, je vous l'envoie&quot;, répond Fernande en train de tourner autour du lit. Effectivement la minette emprunte l'escalier pour descendre de la mezzanine.&lt;br /&gt;
A ce moment là, je remarque le formidable appareil encastré dans ledit escalier. Fernande, de son grand âge, n'a visiblement plus les moyens de monter et descendre facilement son demi-étage. Elle a fait installer un de ces sièges coulissants qui facilitent la vie de bon nombre de personnes âgées. L'objet se présente comme un fauteuil positionné perpendiculairement à l'axe de l'escalier. Pendant que la minette descend, je ne vois pas Fernande se harnacher à son engin. Quand je lève la tête, Fernande est sanglée, perpendiculaire à son escalier. Elle me regarde et sourit. D'un doigt, elle active le mécanisme et commence à descendre, à coulisser le long de cet axe. Elle me regarde toujours. Les chats ne bougent pas sauf Grisette qui s'est cachée sous le convertible du rez-de-chaussée. Silence. On n'entend que le sifflement du moteur de ce siège magique. Fernande descend du ciel. J'en profite pour tenter de récupérer Grisette. Évidemment, à peine me suis-je agenouillé en direction du canapé que Grisette emprunte le chemin inverse à tout vitesse pour se réfugier en haut. Grisette monte plus vite que Fernande ne descend. Je suis toujours en bas, spectateur. Grisette jette un regard complice à Fernande au moment où elles se croisent. Avec un flegme quasi-britannique, Fernande me lance d'une voix douce: _&quot;Ah, elle est remontée&quot;. Et d'un simple geste, elle inverse la poussée du moteur de son &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Soyouz&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Soyuz&lt;/a&gt; qui, aussitôt, fait route vers les sommets. Fernande reste de marbre, comme si la lenteur et la régularité de ce déplacement en trois dimensions faisaient partie intégrante de sa vie.&lt;br /&gt;
Je veux rejoindre tout le monde en haut mais le fameux mécanisme prend une part importante de l'escalier ne laissant finalement de la place que pour les chats mais certainement pas pour un être humain. Je suis en bas de l'escalier, Fernande est parvenue en haut et décroche sa ceinture de sécurité. La température extérieure est de 28°C, nous espérons que vous avez effectué un agréable vol en notre compagnie. Non, le siège magique ne parle pas, mais il pourrait. Par chance, la deuxième manœuvre réussit: Fernande refait descendre Grisette que je peux attraper au vol. Fernande me rejoint par le même moyen à la cinétique toujours linéaire. Je fais bien attention à ne pas lâcher Grisette: la consultation peut commencer.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Bonne année !</title>
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    <pubDate>Tue, 24 Feb 2009 17:49:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Caniche</category><category>Chien</category><category>Diarrhée</category><category>Injection</category><category>Pansement instestinal</category><category>Yorkshire</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Quand la solitude et le bruit se rencontrent ...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/derrick.jpg&quot; alt=&quot;derrick.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mercredi 31 décembre, 11h30. Je ne suis pas de garde pour le réveillon. J'ai prévenu mes clients que ce jour, je fermerai à 12h exceptionnellement. Le téléphone sonne. Yvette m'appelle presque en urgence car Sophie, son croisé caniche croisé Yorkshire croisé un peu tout présente une diarrhée aiguë. Yvette est inquiète. Yvette ne peut pas se déplacer facilement et a peur de devoir se rendre chez le confrère de garde en plein jour férié. Je conviens de me rendre chez Yvette dans l'après-midi. Voilà donc ma dernière cliente de l'année.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rencontre Yvette vers 14h. Elle m'attend à la fenêtre, presque impatience en tout cas très impliquée. Yvette habite une vaste maison à deux étages. Je sais qu'Yvette vit seule avec Sophie. Quelle charge pour une personne âgée&amp;nbsp;! L'entrée fort impersonnelle donne sur un grand escalier. Yvette commence à me parler de Sophie. Je n'écoute pas. Nous montons l'escalier. Au premier étage, Yvette, qui continue de parler, se dirige vers une porte au fond. Je n'écoute toujours pas. Lorsque je vois le nom d'Yvette apposé sur la porte, je comprends que la maison a été divisée en plusieurs logements. Je lance &quot;_Ca va avec vos voisins ?&quot;. Tout en me faisant signe de rentrer, Yvette me répond: &quot;Il y a avait un couple au second. Ils viennent de décéder. Il ne lui a pas survécu. Elle est morte de maladie. Il l'a suivie de chagrin en six mois à peine. Et mon voisin de palier vient d'être hospitalisé à cause de son coeur&quot;. J'en déduis que le propriétaire des lieux a divisé la maison en trois appartements et qu'il s'est visiblement fait une spécialité d'y loger des personnes âgées, très âgées, comme Yvette d'ailleurs. J'en déduis également qu'Yvette se retrouve seule dans cette grand bâtisse inchauffable. Il est 14h10. Sophie surgit de l'intérieur et m'accueille avec une salve d'aboiements. Au moins ces aboiements-là ne vont déranger personne. Yvette continue de parler, ponctuant chaque phrase d'un &quot;Mais tu vas te taire bourrique !&quot; qui ne change rien à la situation. Cette fois-ci j'écoute mais je n'entends rien. Je continue de rentrer. La porte d'entrée couine, puis claque. Sophie aboie toujours. Yvette me convie par le geste, car je n'aurais pu entendre quelque invitation orale que ce soit, à rentrer dans le salon. &quot;_Mais tais-toi bourrique&quot;. Je pense que ce n'est pas pour moi; je ne dis rien. Les bruits du chien ne diminuent pas mais je sens venir d'autres fréquences sonores qui se surajoutent aux fréquences canines. Toujours étourdi, je jette un rapide coup d'oeil dans la pièce, pourtant petite, pour identifier la source. C'est la télé. C'est bien une mauvaise télé qui hurle, en limite de saturation. Il y a &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Inspecteur_Derrick&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Derrick&lt;/a&gt; (1) à la télé. Pourtant, ce n'est pas le plus bruyant des feuilletons de l'après-midi. Et pourtant. Tous les bruits des &lt;em&gt;Straße&lt;/em&gt; (2) que Derrick et son fidèle Harry parcourent dans cette Allemagne humide et froide des années soixante-dix sont amplifiés. Des &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Trabant&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Trabants&lt;/a&gt; mal réglées. Des chiens qui hurlent. Des passants qui s'agressent. Que Derrick devient violent pourvu que l'on monte le son&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Yvette ne semble pas se rendre compte qu'on n'entend rien. En plus d'être seule, Yvette est sourde. Visiblement, Derrick participera à la consultation. Fort heureusement, Sophie dépasse le moment de surprise et d'accueil d'un nouvel arrivant et commence à diminuer son volume. Et d'un. En tout cas, cette diarrhée ne l'empêche pas d'avoir un &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Habitus_(sociologie)&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;habitus&lt;/a&gt; normal. J'interroge: &quot;_Depuis quand elle est en diarrhée ?&quot;. Yvette se rapproche de moi avec un sourire tranquille que j'interprète comme non seulement une compréhension de ma question mais également comme une saine volonté de m'aider. Yvette est petite, les cheveux blancs roulés dans de mauvaises permanentes. Elle porte un vieux chemisier sûrement propre mais jauni sous un gilet bleu marine. Elle   porte également une de ces anciennes robes à motif que l'on ne fait plus aujourd'hui: ces robes qui avaient la particularité de faire à la fois robe et tablier. Un must des années soixante. Un peu voûtée, Yvette se rapproche. J'attends la réponse à ma question. En probabilité, je devrais recevoir un &quot;depuis ce matin&quot; ou un &quot;depuis une semaine&quot;, selon qu'Yvette veut donner un aspect d'urgence ou de chronicité audit symptôme, les deux versions étant fausses et n'ayant pour but que de valider la gravité de la chose et le soin maximum que je dois donner au cas. Plus exceptionnellement, certains propriétaires répondent &quot;deux ou trois jours&quot;. Ce qui est souvent vrai. Un jour pour se dire: &quot;ce n'est pas grave, ça va passer&quot;. Et un deuxième jour pour s'exaspérer de nettoyer le plancher à nouveau et appeler le vétérinaire. Un troisième pour caler un rendez-vous avec ledit vétérinaire. Yvette est à cinquante centimètres de mon oreille. Dans une sorte de réflexe, avec le brouhaha local, j'ai de même tendance à me rapprocher d'elle. Elle envoie: &quot;Je regardais Derrick en vous attendant. Ca ne vous dérange pas que je le laisse&amp;nbsp;? Je veux connaître la fin.&quot;. Non contente de me confirmer ainsi qu'elle n'entend rien, Yvette vient de m'exploser un tympan, déjà plus qu'en vibration depuis mon arrivée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vais devoir faire sans Yvette mais avec Sophie. Je monte Sophie sur la petite table du salon-salle à manger. Sophie n'a pas de fièvre. Et la palpation abdominale quoique légèrement liquidienne reste totalement indolore. Je prends mon stéthoscope, peut-être pour écouter le coeur de Sophie, mais surtout pour obtenir un peu de silence, tant il est vrai que les embouts de cet appareil sont de véritables boules-quies. Yvette reste près de moi mais je vois bien que son esprit est ailleurs. Avec Derrick. Au moment où je quitte mon stéthoscope, Derrick lance à un témoin qu'il interroge: &quot;Et c'est la première fois ?&quot; Absorbée par la série, et sûrement hypnotisée par tout ce bruit qui se répand, Yvette se retourne vers moi et me répond: &quot;Non, c'est la première fois qu'elle a de la diarrhée comme ça. Elle en a peut-être eu étant jeune mais pas depuis longtemps&quot;. Me voilà dans une consultation improbable à une heure où je devrais être en congé, à devoir composer avec l'inspecteur Derrick pour achever mon interrogatoire. Car il faut se faire une raison: Yvette entend mieux Derrick que moi. Je tente un :&quot;ce n'est pas grave, tranquillisez-vous, on va traiter ça&quot;. J'insiste avec un sourire empathique et un regard rassurant le plus possible car je sais bien qu'Yvette n'aura rien entendu. En revanche, elle me regarde quand Derrick n'est pas à l'écran. Je fais une injection à Sophie, prescris un pansement intestinal en écrivant gros, très gros sur mon ordonnance. Sophie n'aboie plus. Pendant que je rédige, seul le son de la télévision occupe la pièce. Derrick est parti dans un long raisonnement qui doit amener à la solution du meurtre. J'ai peur tout à coup qu'il ne prononce une phrase du genre &quot;Et elle va mourir&quot;; Yvette pourrait croire qu'on parle de son chien. Il n'en est rien.  Ouf&amp;nbsp;! Je repars en laissant Yvette, dramatiquement seule à quelques heures du réveillon. Seule, avec son chien Sophie, et la télévision. Bonne année Yvette.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Derrick est une série policière allemande créée par Herbert Reinecker, produite par Helmut Ringelmann et diffusée à partir de 1974 sur la ZDF.
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) &quot;rue&quot; en Allemand.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Interrogatoire (2/2)</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/16/Interrogatoire-2/2</link>
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    <pubDate>Tue, 16 Dec 2008 16:20:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Antifongique</category><category>Antitibiotique</category><category>Chien</category><category>Labrador</category><category>Observance</category><category>Othématome</category><category>Otite</category><category>Prurit</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le vétérinaire devient enquêteur...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/andrejosiane.jpg&quot; alt=&quot;andrejosiane.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/10/Interrogatoire-1/2&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Lire le premier épisode&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;_&quot;Et il mange quoi Kouglof ?&quot;&lt;br /&gt;
_&quot;Des croquettes, Docteur&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tiens, ils m'appellent &quot;Docteur&quot; pour la première fois depuis le début de la consultation. Ce soupçon de considération est un signe positif. André et Josiane, bien qu'un peu plus démasqués à chaque minute qui passe, considèrent qu'ils ne perdent pas leur temps. C'est un bon point d'autant que je leur annonce pourtant lentement que mon confrère a raison et que le deuxième avis qu'ils viennent chercher est le même. Pourtant, cela n'empêche pas Josiane de me mentir effrontément une troisième fois: Kouglof ne mange pas que des croquettes. Un labrador qui ne mange que des croquettes n'a pas la croupe aussi ronde et la peau aussi rouge. Tiens, mais oui, elle est rouge cette peau&amp;nbsp;! Je poursuis mon examen clinique tout en continuant l'interrogatoire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Des croquettes. Bien. Et quoi d'autre ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Josiane tient bon et renvoie: &quot;rien d'autre&quot;. Je décide alors de charger André, proie plus facile je le reconnais, mais il faut que j'avance. Je me tourne vers le brave homme déjà décomposé par les mensonges répétés de son épouse, mensonges dont il est complice. _&quot;Et en fin de repas, vous lui donnez les restes de viande ou les restes de dessert&quot;. Soulagé de pouvoir enfin dire une vérité, André se précipite et répond: &quot;ah non, jamais de sucreries, ça, jamais !&quot;. Je suis contraint de conclure l'échange: _&quot;Il prend donc des restes de viandes tous les jours&quot;. André, qui ne s'aperçoit toujours pas que je prêche le faux pour avoir le vrai est ravi de poursuivre hors du mensonge. _&quot;Ah non, jamais le lundi, car on ne mange pas à la maison le lundi midi. On est au club.&quot;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avançons bien et à ce stade, il me parait important de faire une synthèse courte mais précise de tout ce qui est avoué pour que Josiane et André n'aient aucun doute sur tout ce que je sais et qu'ils ont voulu me cacher. J'envoie: &quot;En fait, Kouglof fait des otites à répétition et enchaîne les problèmes de peau au point qu'il n'en est pas à son premier othématome. Et Kouglof mange un peu de tout.&quot; Josiane et André sont comme au bord d'un précipice. Il ne manque plus grand chose pour qu'ils fassent le grand saut. Un zeste d'empathie bien placé doit pouvoir achever de les confondre. Je m'approche d'un pas en tentant de prendre un regard qui exprimerait à la fois la compassion et l'admiration devant ce quasi-sacerdoce qu'est Kouglof et dis plus lentement, presque chaleureusement: &quot;et ça ne doit pas être si évident de soigner les oreilles de Kouglof&quot;. Je me tais. Josiane et André vont craquer. Ca y est, ils craquent. L'avantage avec les aveux, c'est que quand ils arrivent ils sont souvent exhaustifs et détaillés. Dans la déferlante d'explications et de justifications que je m'apprête à recevoir, il est même possible que mes sympathiques octogénaires arrivent finalement à placer la discussion philosophique sur le temps qu'il fait, discussion qu'ils n'ont pas pu placer au début de la consultation.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il s'agit maintenant de trier dans ce qui sort, ce que je sais déjà, ce que je voudrais savoir et ce qui ne me sert à rien comme l'évolution de la météo par rapport à l'hiver dernier. Ainsi, après quinze bonnes minutes, Josiane et André avouent tout: les otites à répétitions, le &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Prurit&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;prurit&lt;/a&gt; régulier, le fait qu'ils ne veuillent plus opérer les oreilles du chien, la difficulté qu'ils ont, à leur âge, de nettoyer correctement les oreilles de Kouglof et également leur désir d'un second avis. C'est bien un problème d'observance: Kouglof ne guérit pas parce que Kouglof ne reçoit pas son traitement correctement. Puis Josiane et André m'expliquent tour à tour non sans critique la stratégie alimentaire du conjoint pour leur chien. Ils ne sont pas d'accord sur la façon de le nourrir et appliquent finalement leurs deux stratégies simultanément. Kouglof est passé de carnivore à omnivore et il pourra y avoir un rapport avec l'état inflammatoire quasi-permament de l'ensemble de son territoire cutané, oreilles comprises.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Etant certains que chacune des parties en présence possède tous les éléments du dossier, nous pouvons commencer à envisager un traitement aussi bien pour l'othématome que pour ces problèmes dermatologiques chroniques.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je passe devant la maison d'André et Josiane tous les soirs quand je rentre chez moi. Ca fait 10 jours que je m'y arrête, en fin de journée, une dizaine de minutes, le temps de réellement nettoyer les oreilles de Kouglof et d'appliquer correctement le traitement antifongique et antibiotique. Kougloff va mieux, bien mieux. Et nous avons attaqué, peut-être pas un régime, mais une façon plus rationnelle et terriblement canine de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;NDA: Je veux sincèrement remercier Aurélie de La Pontais, graphiste, lectrice de ce blog, qui a eu la gentillesse de représenter Josiane et André, telle qu'elle les imaginait d'après la description, et vous invite à découvrir son &lt;a href=&quot;http://www.aureliedelapontais.com&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;site&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Interrogatoire (1/2)</title>
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    <pubDate>Wed, 10 Dec 2008 22:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Chien</category><category>Labrador</category><category>Observance</category><category>Othématome</category><category>Otite</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le vétérinaire devient enquêteur...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/poirot.gif&quot; alt=&quot;poirot.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Kouglof a 14 ans. André en a 82. Et Josiane, sa femme, 78. Allez, plus que 26 ans et ils fêteront un bicentenaire à eux trois&amp;nbsp;! Kouglof est un sympathique labrador que son âge honorable a bien calmé. Placide, débonnaire, Kouglof suit ses maîtres, à moins que ce soit eux qui ne le suivent. Il a conservé ses attitudes de chien joueur pourtant maintenant fortement ralenties. C'est ça, Kouglof s'approche de moi en me faisant la fête mais au ralenti. Il avance en baissant la tête, l'inclinant alternativement à gauche et à droite, clignant des yeux de façon régulière. Kouglof me fait confiance ou, du moins, il me reconnaît comme un supérieur hiérarchique et il me le montre. Techniquement, on parle de signaux d'apaisement. André et Josiane suivent mais font moins la fête. André précède Josiane. André est petit, presque chauve. Il porte un pantalon de velours et un gilet, certes de qualité, mais trop ancien. Il se déplace difficilement. Josiane, plus alerte, ferme la marche. Elle s'est enveloppée, telle une momie, dans un imperméable gris qui doit être référencé comme accessoire officiel pour les exhibitionnistes. Gris et rigide, il ne laisse dépasser que la tête de Josiane, recouverte d'un mauvais brushing sur des cheveux devenus trop fins, et encerclée par des lunettes aux montures trop larges.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Il a une oreille qui est grosse&quot; me lance André que je vois pour la première fois. Puis il se tait. Il me regarde. Josiane ne dit rien. Pas normal. Ce trio de presque 200 ans devrait parler plus, me raconter comment ça va, le chien bien sûr, mais eux également, intercaler une analyse technique et philosophique sur le temps qu'il fait, tout en n'omettant pas de passer de longues minutes sur les petits-enfants qui vont venir à Noël. Rien. Ca sent le piège ou plus exactement le fameux &quot;second avis&quot;. André et Josiane ont probablement consulté un confrère et, n'étant pas satisfaits de la vitesse d'amélioration, viennent chercher un deuxième avis pour confirmer ou infirmer le premier. Dans ce genre de situation, la probabilité que mon confrère ait visé juste est proche de 100%. Si le traitement prescrit ne marche pas, c'est soit parce qu'André et Josiane l'appliquent mal (on parle de difficulté d'observance), soit parce qu'ils n'ont pas donné, consciemment ou non, toutes les informations nécessaires lors de la première consultation. Etant donné la relative dextérité qu'exige le traitement auriculaire d'un labrador fut-il âgé, on pourrait penser, en première intention, qu'il s'agit de la première option: André et Josiane n'arrivent pas à mettre les gouttes. Le cas s'aggrave et il viennent chercher chez moi une confirmation à la fois du diagnostic et du traitement. Mais ce n'est peut-être pas si simple que ça.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un rapide examen montre que Kouglof souffre d'un othématome, sorte d'épanchement sanguin au sein de l'oreille, déclenché par des mouvements de tête violents et répétés. Et pour cause, Kouglof souffre d'une otite bilatérale, otite dite à champignons. L'absence de liquide gras dans les conduits auditifs confirme que informations ou pas, André et Josiane ne mettent pas les gouttes dans les oreilles de Kouglof. L'option 1 est déjà validée. A ce stade, confirmer à André et Josiane que mon confrère a raison serait prématuré même si c'est pourtant le cas. Il est trop tôt pour qu'ils comprennent que j'ai déjà déduis qu'un autre vétérinaire était passé avant moi et que de surcroît je confirme son diagnostic. La nature humaine est ainsi faite: leur tentative de deuxième avis qui a pourtant occupé leur matinée -et c'est déjà un point positif- serait trop courte, donc frustrante. Un train pouvant en cacher un autre, je cherche à savoir si André et Josiane ne sont pas des cumulards, groupant à la fois le fait de ne pas suivre correctement les traitements avec la subtile capacité de ne distiller qu'une partie des informations concernant leur chien. Je commence mon interrogatoire. Après un long silence, avec un ton sec pour les prendre par surprise et, qui sait, peut-être les désarmer, je lance:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;ça va faire longtemps qu'il a des otites&amp;nbsp;? On voit très bien que la muqueuse est profondément remaniée, ce qui n'arrive pas en une seule fois&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;André est effectivement surpris. L'effet est immédiat. Il ne sait que répondre, déjà confondu. Il est à deux doigts des aveux. C'est sans compter sur Josiane, qui décide de prendre les choses en main. Ce sera plus dur avec Josiane. D'un geste que son grand imperméable contribue à rigidifier, elle écarte André, s'approche et me répond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;oui, il en a déjà fait, il y a longtemps. Mais depuis plusieurs années, ça s'était calmé&quot;. Bip. Le détecteur de mensonge confirme: Josiane ment. Ces oreilles baignent dans le pus 6 mois par an, tous les ans. La parade était prête, j'envoie:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;donc vous savez les traiter ces otites. Vous les traitez avec quoi, d'habitude ?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Coincée, Josiane me liste 3 produits qu'elle utilise en cas de crise. Montée en pression toute policière, je surenchéris immédiatement:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;pourquoi n'en avez vous pas mis là&amp;nbsp;? il a les conduits auditifs tous secs ?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;André vient de perdre 2 centimètres de hauteur. Il se tasse un peu plus à chaque question. Il regarde le sol. Et quand il jette un oeil à son épouse, il semble dire: &quot;allez, avoue Maman, c'est trop tard&quot;. Mais Josiane est dure. C'est un peu le chef de la bande dans ce cambriolage sanitaire pourtant finement préparé. Mensonge n°2, elle rétorque:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;c'est à dire que là, avec cette oreille qui a grossi autant pour la première fois, on n'a pas voulu mal faire&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Faux Josiane. Mais je suis en forme. J'ai bien mangé ce matin. Il faut acculer. Alors acculons. J'avance un peu vers Josiane et renvoie:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;vous êtes sûre que c'est la première fois. Il y a là des cicatrices qui montrent qu'il y a eu intervention chirurgicale par le passé pour réduire un premier othématome&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Josiane est confondue. Du regard, elle appelle son mari à l'aide. N'écoutant que son courage et surtout la promesse d'engagement conjugal qu'il fit il y a maintenant un demi-siècle, André, solidaire, vient au secours de son épouse:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Mais si, Josiane, tu ne te rappelles pas, il y a 2 ans&quot;. Sauvée, Josiane feint de confirmer, mettant ce mensonge sur le compte de l'oubli. Comme quoi, être vieux a ses avantages. Beau joueur, j'accepte ces mauvais aveux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après quelques minutes, nous avons bien avancé. Mes clients ne contestent plus qu'une otite bilatérale dure depuis plusieurs années, qu'elle entraîne des othématomes récidivants, au moins deux, qu'un autre vétérinaire a déjà suivi le cas puisqu'il a même pratiqué une intervention chirurgicale pour réduire le premier othémathome, et que cette dernière otite n'est pas traitée. De surcroît, André et Josiane sont affaiblis par ces premiers aveux. Je me doute qu'il y a d'autres choses à avouer pour obtenir un historique complet de cette pathologie (on parle d'anamnèse). Je continue.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/12/16/Interrogatoire-2/2&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;à suivre.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Chacun cherche son chat</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/11/19/Chacun-cherche-son-chat</link>
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    <pubDate>Wed, 19 Nov 2008 20:53:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Chat</category><category>Contention</category><category>Vaccin</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand on ne sait plus qui attraper...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/iStock_000007651891XSmall.jpg&quot; alt=&quot;iStock_000007651891XSmall.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Charles est debout, tel un soldat. Il m'attend. Nous avons rendez-vous à 15H30, chez lui, chez eux. Il est 15h25. Il a ouvert le portillon de son jardin et s'est posté en guetteur, là, quelques mètres devant devant sa maison. De loin, on pourrait croire qu'il tangue. En fait, Charles déplace volontairement son point d'équilibre de gauche à droite pour mieux se tendre et ainsi élargir son champs d'observation, une main tendue horizontalement au dessus des yeux. J'arrive. Il identifie tout de suite le véhicule pourtant banalisé et vient à ma rencontre. _&quot;Bonjour Docteur, je vous attendais&quot;. Je réponds par réflexe: &quot;on n'avait pas dit 15h30 ?&quot;. _&quot;Si, tout juste, Docteur mais  je veux éviter que vous ne sonniez, l'interphone ferait peur au chat. Vous savez, déjà qu'il est trouillard.&quot; Bien, mon général, allons-y. Je suis Charles qui se dirige vers sa maison. Nous passons le fameux portillon sans sonner. Charles est vieux. Plus proche de 80 que de 70 ans. Un mauvaise cataracte bilatérale non opérée le rend quasiment aveugle. Ses lunettes fort moches ne servent plus à rien à tel point qu'il a pris l'habitude de regarder par dessus, ce qui projette en permanence sa tête trop loin de son cou. Il s'arrête sur le pas de la porte et fait demi-tour. Je m'arrête également. Il s'approche un peu plus comme pour me parler doucement. On dirait que c'est son cou qui s'allonge pour rapprocher ses grands yeux bleus opaques de moi. Il chuchote: _&quot;C'est là.&quot; Je ne m'en serai pas douté&amp;nbsp;! Il continue à voix basse: _&quot;Ma femme nous attend avec le chat. Ne faites pas de bruit&quot;. Habitué, diplomate ou plus simplement philosophe, je m'exécute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais contre toute attente, Charles entre avec force. La porte lui échappe. Elle vient claquer sur le mur de l'entrée. Il a le temps d'échapper un joyeux et sonore &quot;le docteur est là&quot; très vite rejoint par un &quot;mais tu peux pas faire moins de bruit !&quot;. Tiens, Madame est là. Madame, c'est Christiane. Elle a l'air plus jeune. Bien plus jeune. Peut-être la soixantaine et une bien meilleure vue. Christiane est toute petite. Une mauvaise permanente trop serrée masque difficilement une calvitie assez disgracieuse. Petite mais ronde, Christiane a un dynamisme certain. Contrairement à son mari, elle semble avoir des lunettes qui lui servent à quelque chose. Son visage est agacé. Je rentre à mon tour dans la maison en prenant soin de bien fermer la porte. Je me dirige vers Christiane pour la saluer. Il n'y a pas de chat dans la pièce. Charles hurle: &quot;Mais il est où le chat ?&quot; Christiane me sourit en me serrant la main. Puis, en un instant, elle inverse chaque muscle de son visage tout en tournant la tête vers son mari. Elle prend un regard emprunt de colère et d'épuisement. Comme elle a tourné la tête moins vite qu'elle n'a changé d'attitude, j'ai pu quelques dixièmes de secondes prendre le message pour moi. Mais il n'en est rien. C'est bien sur Charles qu'elle achève sa rotation cervicale et c'est bien le même Charles qui va se prendre les foudres conjugales: _&quot;Mais tu sais bien qu'on l'a enfermé dans la salle de bain en attendant le vétérinaire !&quot;. Elle opère la rotation inverse pour revenir vers moi, tout en redonnant à son visage un aspect accueillant et m'explique: &quot;On l'a enfermé dans la salle de bain en vous attendant&quot;. Le temps, pourtant très court, qu'elle me donne ces explications fort utiles, Charles a disparu. On l'entend mais on ne le voit plus. Il n'est plus dans le salon. Et il lance &quot;Il est dans la salle de bain le chat ?&quot;. On entend une porte s'ouvrir. C'en est trop pour Christiane qui oublie la présence d'un étranger dans la maison et me fait pénétrer dans l'intimité familiale. _&quot;Mais quel imbécile&amp;nbsp;! T'as pas ouvert la porte quand même ?&quot; Au même moment, je vois passer, assez rapidement d'ailleurs, un magnifique chat blanc Européen, certainement trop gros. Le chat se faufile et grimpe au premier étage sans que personne n'ait eu le temps de bouger. Christiane renvoie: _&quot;Imbécile&quot;, insistant bien sur le &quot;Im-&quot;, le &quot;-bé&quot; et un peu sur le &quot;-cile&quot;. Charles réapparaît: _&quot;il était dans la salle de bien&quot;. Christiane renvoie: &quot;oui, pour qu'on puisse l'attraper. Et bougre d'âne, on fait comment maintenant ?&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis dans l'entrée. Je n'ai pas encore posé mon sac. Christiane est en polypnée appuyée sur la table de la salle à manger. Charles est hagard, son cou toujours trop avancé. Je tempère: &quot;bon, ce n'est pas grave. On va bien l'attraper votre chat&quot;. Je suis presque interrompu par Christiane qui a visiblement du mal à synchroniser ses attitudes et sa voix. Elle me sourit encore comme pour me remercier de cet instant de compassion mais elle envoie déjà à son mari un &quot;Tu bouges plus. Je monte !&quot;. Je ne me risque pas à proposer mon aide à Christiane qui monte, vaillante, à la recherche du chat. &quot;Myosotis, où es-tu mon Myosotis ?&quot;. Myosotis, c'est original. Charles ne bouge pas. On entend une chaise qui cogne puis un miaulement rauque. Christiane vient de louper Myosotis et elle lance: _&quot;si mon idiot de mari se donnait la peine de monter !&quot;. _&quot;Mais tu m'as dit de rester là !&quot; J'interviens: &quot;je peux monter si vous voulez, Madame&quot;. _&quot;Non, c'est à mon mari de réparer ses bêtises. Quand je pense qu'on a enfermé Myosotis toute la matinée dans la salle de bain pour être sûr qu'on l'attrape&quot;. Charles monte, plus lentement. Je n'ai que le son, pas l'image. J'entends le chat qui file, des meubles qu'on déplace, des soupirs de Christiane, ponctués par des &quot;oh, tu sais&quot;. Quand soudain, Charles me crie, car il doit être un peu sourd en plus, &quot;il descend&quot;. Effectivement Myosotis descend, rasant le sol, la queue basse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai le temps, avec une belle dose de chance d'attraper Myosotis. Myosotis est un bon chat simplement agacé d'avoir passé toute sa matinée dans la salle de bain, &quot;pour rien&quot; rajouterait Christiane. Je saisis Myosotis par le train-arrière et il ne se retourne pas. J'améliore ma prise et je tente de rassurer le félin sur la table. Inutile de l'ausculter, son coeur est tellement rapide qu'on n'y entendra rien. Myosotis se calme. Christiane est descendue. _&quot;Vous le tenez, hein ?&quot; me lance-t-elle. Je prie Christiane de s'asseoir et lui confirme que j'ai la situation en main. Charles achève de descendre, toujours aussi hagard mais plus essoufflé. Je fais son rappel de vaccin à Myosotis, lui passe une pipette de produit contre les puces et demande&amp;nbsp;: &quot;je peux le lâcher ?&quot;. Christiane confirme. Je lâche le chat qui file aussitôt sous un canapé quand Charles annonce: &quot;Et pour le vermifuge, vous pourriez lui donner son comprimé parce que nous, on n'y arrive pas ?&quot;. Les yeux de Christiane semblent exploser &quot;Mais tu pouvais pas le dire avant, andouille !&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On n'a pas rattrapé le chat. Quand je suis parti, fort poliment raccompagné, Christiane et Charles s'injuriaient encore.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;NDA: le titre fait évidemment allusion à l'excellent &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Chacun_cherche_son_chat&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;film&lt;/a&gt; de Cédric Klapish (1996).
Crédit photos: &lt;a href=&quot;http://www. istockphoto.com&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;istockphoto&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Appeler un chat &quot;un chat&quot;</title>
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    <pubDate>Wed, 29 Oct 2008 21:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Bronchite</category><category>Chat</category><category>Injection</category><category>Observance</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le langage doit être précis...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/feu_cheminee.jpg&quot; alt=&quot;feu_cheminee.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Qu'il fait chaud&amp;nbsp;! La chaleur de cette pièce est étouffante. Le vent froid de la rue fouette les visages suffisamment pour les rendre trop sensibles à une chaleur imprévue. Je viens de rentrer dans la petite maison à l'adresse indiquée. Marthe m'a ouvert la porte. Elle m'attendait avec impatience. Déjà, dans la rue, j'ai senti les jets de chaleur venant de l'intérieur. Marthe m'entraîne dans la cuisine. Nous traversons un couloir sombre. Arrivés à la bonne porte, elle me fait signe d'entrer, de passer devant. Je rentre. Le feu de cheminée et un mauvais néon sont insuffisants pour bien éclairer la pièce. La chaleur y est plus intense encore. Je suis sûr qu'il fait plus de 25°C dans cette pièce. Il fait chaud. Trop chaud.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mes yeux s'habituent peu à peu à la luminosité. Sépia, voilà, on est en sépia: la cheminée, le néon et les volets mi-clos se combinent pour colorer l'ensemble de la pièce en brun-ocre. L'ensemble est bien monochrome. Il s'agit peut-être d'un conditionnement cinématographique mais cet angle de vue, en sépia donc, quasiment une mise en scène, me plonge plus de cinquante ans en arrière. Dehors, le vent froid souffle et on est en 2008. Dans cette cuisine, il fait trop chaud et on tutoie péniblement les années cinquante. L'évier est en pierre, à gauche, creusé dans la masse. Sous l'évier, un vieux tissu a visiblement été proclamé &quot;porte de placard&quot;. Sur le mur du fond se côtoient la cheminée et un système de cuisson vétuste, les deux appareils partageant sûrement la même source de chaleur. Sur le mur de droite, un buffet centenaire soutient la vaisselle et le poids des années qui passent. Au milieu de la pièce se trouve l'unique table recouverte d'une mauvaise toile cirée. Et sur la table trône le chat, sur son coussin. Les claquements du bois de la cheminée, le sifflement de la bouilloire qui agonise et les commentaires éclairés de Marthe se noient dans un brouhaha continu qui, lui aussi, parvient à se faire une place dans cette petite pièce centrale déjà remplie de chaleur enfumée. Le bruit et le choc temporel ne m'ont pas permis, en rentrant dans la pièce, de voir immédiatement Aimée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai d'abord entendu Aimée avant de la voir: elle a répondu à mon &quot;Il fait chaud chez vous&quot; par un &quot;c'est pour moi&quot; émis entre les quelques dents qui lui restent. Aimée est l'aïeule de la famille, la mère de Marthe, elle-même déjà grand-mère. Proche du siècle, fine, presque maigre, les cheveux blancs, Aimée est un signe du temps qui passe. Les rides de sont visage sont tellement nombreuses qu'elles finissent par former une sorte de maillage complexe, un quasi-échaffaudage qui paradoxalement parait solidifier le reste du visage; c'est la peau saine qui semble anormale. Aimée est recroquevillée sur son siège, au coin du feu. Elle continue à me parler et me confirme son âge mais elle est très vite interrompue par un &quot;tais-toi maman !&quot; tant Marthe souhaite focaliser mon attention sur son chat. Cricri est une chatte castrée d'une dizaine d'années, pas trop vaccinée. Et Cricri tousse de plus en plus fort.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je quitte donc Aimée au profit de Cricri. Cricri souffre d'une bronchite assez sévère qu'il convient de traiter. Je commence à expliquer la situation à Marthe, très vite interrompu, une fois encore, par un &quot;qu'est-ce qu'il dit ?&quot; d'Aimée. Nous voilà parti dans une double traduction en temps réel, la mienne pour vulgariser le mieux possible le diagnostic et le traitement à Marthe, et celle de Marthe à sa mère. J'explique que je vais faire une injection à Cricri, qu'il conviendra de donner des comprimés et qu'il faudra me tenir au courant. Nous voilà tous d'accord sur le protocole. Marthe est rassurée. &quot;Hein ?&quot; &quot;Je dis que votre fille est rassurée, Aimée !&quot;. Je prépare la piqûre. Marthe, soulagée, en profite pour échafauder une théorie pas si fausse liant météorologie et moral. J'acquiesce, par politesse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors, sûr de moi, avant que Marthe ne démarre une autre théorie, je lance l'opération piqûre avec un &quot;bon, allez, on la pique !&quot;. Est-ce la chaleur étouffante de la pièce&amp;nbsp;? Quelques secondes. La séquence en sépia est stoppée nette. Un arrêt sur image qui est interminable. En un instant, je vois le chat, toujours à sa place, Aimée, toujours sur sa chaise et le terrible regard de Marthe qui trahit son état d'esprit, ce terrible regard qui révèle un humour improbable surgi d'on ne sait où. Marthe et moi pensons la même chose au même moment: on la pique&amp;nbsp;? Qui&amp;nbsp;? Le chat ou Mamie&amp;nbsp;? Nous n'avons pas souri. Aimée n'a rien entendu, tant mieux. Et je n'ai pas cru bon rajouter: &quot;...euh, la chatte&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai fait son injection à Cricri. Marthe, en mère responsable a appliqué l'ordonnance à la lettre; dans notre métier, on parle d'observance. Cricri va bien depuis. Et Aimée est toujours là: entre la cheminée et Cricri qui dort sur la table.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>La statue du lapin</title>
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    <pubDate>Sun, 19 Oct 2008 15:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>coup de chaleur</category><category>Lapin</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand la magie opère contre toute attente.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/./.iStock_000006463070XSmall_s.jpg&quot; alt=&quot;iStock_000006463070XSmall.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Fin de matinée. Tout est gris. Dans notre région du Sud connue pour ses couleurs d'été, le gris de la mi-saison est pire que le gris du Nord. Ce n'est pas un gris plus foncé ou plus terne, c'est un gris qui ne va pas. Quelques entrées maritimes empêchent les rayons du soleil de passer sur le littoral et plus à l'ouest dans les terres. Une bruine hypocrite se maintient suffisamment pour agacer; ce genre de bruine qui ne se devine pas forcément quand on est à l'abri mais qui rend humide et poisseux tout individu qui aurait l'outrecuidance de sortir. Il y a pourtant des régions où nuages bas et crachin contribuent à un charme discret voire sont un élément stratégique essentiel de l'office du tourisme. C'est donc bien une question de lieu et non une question de pluie: chez nous, la terre et ses habitants ne se passent pas du soleil. Les rares jours où il est invisible, comme aujourd'hui, plongent tous les personnages et tous les décors de notre comedia del arte méridionale dans une lancinante torpeur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mathilde me téléphone pour prendre un rendez-vous. Elle articule mal. Je ne comprends pas tout. Je ne le signale pas. Mais c'est comme si elle avait compris: elle diminue son débit de parole. Son lapin nain n'est pas bien. Elle ne peut pas se déplacer. Elle est inquiète, ça s'entend. Je vais passer. La lâche bruine du jour mouille trop mon pare-brise pour que j'y voie, mais pas assez pour utiliser les essuies-glaces qui couinent à chaque passage. C'est bien l'automne. Nous sommes passés du chant des cigales aux plaintes des essuies-glaces desséchés par le soleil de l'été. Je me dirige vers la ville-vacance où habite Mathilde. 80000 habitants l'été, tout juste 3000 l'hiver. Pas une voiture à croiser. Pas un passant à dépasser. La ville est morte. Comme toutes ces villes de bord de mer, la stratégie urbaine est fonction de la saison et c'est assez spectaculaire, même si l'on s'y attend, de visiter ces paysages urbains qui hibernent, comateux, froids et humides dans l'attente de la saison prochaine. Et il fait toujours gris.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'arrive enfin à destination, dans une de ces grandes résidences essentiellement constituées de studios et de deux-pièces, entassés dans un simulacre d'architecture, tous tournés vers le large même si peu l'aperçoivent vraiment. Entre les multiples bâtiments se trouvent des allées que l'on imagine agréables en saison. Mais on est en octobre. Plus je m'enfonce dans le palais des rêves, car je n'oublie pas que ces studios font rêver des milliers de gens du nord qui n'attendent que l'année prochaine pour profiter à nouveau des précieux mètres carrés pendant quinze jours, plus je l'imagine vivant, en saison: des enfants qui courent recouverts du doux cocktail dermo-protecteur anti-UV + sel de mer + glace à l'italienne qui n'a effectivement pas su rester tranquille dans son cornet; le bruits des parties de pétanque sur l'espace aménagé à côté; la mosaïque des serviettes de plages qui sèchent, qui tombent, qui s'envolent. Il fait froid. Le vent de la mer souffle sur les perles de bruine pour les rendre plus piquantes encore. Il n'y a pas un bruit d'homme. Une résidence cimetière. Avant d'arriver au bâtiment D, je tombe sur un panneau qui ne tardera pas à se décrocher: GLACES. Oui, il fait froid. Et Mathilde habite vraiment là&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je connais bien ces appartements. Ils ne sont pas faits pour l'hiver. Très mal isolés. Presque toujours sans chauffage car on n'a pas besoin de chauffage en été, non&amp;nbsp;? Construits pour que l'on n'y passe que quelques heures par jour, souvent la nuit, entre 2 coups de soleil, ils ne sont pas faits pour que l'on y vive à l'année. Sans compter l'absence de concierge pendant les mois d'hiver. D'ailleurs effectivement, la résidence est sale. Les poubelles sont pleines. Les vitres ensablées. Je frappe à la porte de Mathilde. Effectivement elle ouvre tout de suite. Elle m'attendait. Un nuage de chaleur à l'odeur de beurre rance s'échappe de la porte d'entrée et vient m'entourer comme pour me souhaiter la bienvenue. Je rentre. L'appartement est vieux, très vieux. Les peintures n'ont pas supporté l'humidité de chaque hiver. Le sol est sale. Humide également, peut-être boueux tant la poussière récupère l'eau qui ruisselle depuis la baie vitrée à simple vitrage. La seule fenêtre. Dans ce minuscule studio dont le maigre balcon a été fermé pour ménager un espace plus grand, on étouffe. Un mauvais radiateur électrique portable trône au milieu de la pièce entre la cage du lapin, le canapé en mousse et la télévision allumée. Il doit faire 30°C à côté du radiateur. Il doit en faire 2 fois moins quand on s'en écarte de 3 mètres. _&quot;Je suis sourde&quot; me dit Mathilde. Mais elle parle finalement bien. Le lapin est couché dans sa cage. Mauvais signe. Le lapin, Mathilde, le radiateur, la télé; mon regard passe de l'un à l'autre. Je ne sais pas par quoi commencer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je prends une feuille de papier et j'écris: &quot;depuis quand votre lapin est comme ça ?&quot;. Mathilde me répond oralement, assez précisément d'ailleurs. Nous échangeons ainsi quelques informations que l'on appelle anamnèse dans notre profession, c'est à dire l'histoire de la maladie. J'enjambe une serpillière qui a renoncé à sécher pour atteindre la cage. Je pose le lapin, brûlant, sur le sol. Il se déplace assez vite. C'est meilleur signe. Je termine l'examen de l'animal puis conclut avec Mathilde que Coco n'était pas vraiment préparé ni à la grisaille soudaine, ni à la mise en route du terrible chauffage électrique. Nous allons remettre Coco en route et Mathilde éloignera la cage du four&amp;nbsp;! J'écris mon ordonnance. Nous la lisons ensemble. Je tends ma note d'honoraires. Mathilde sort de sa poche deux billets tous neufs qu'elle a dû retirer plus tôt à la Poste. Il y a trop de silence dans cette résidence. Trop de silence dans ce studio. Je lance sans le vouloir: &quot;et vous êtes dans quoi ?&quot;. Elle me regarde. Je comprends et écris la même chose sur notre feuille de correspondance. &quot;Dans rien&quot;. Elle me raconte sa difficulté à trouver un travail en tant que sourde, me parle du RMI mais ne se plaint pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vais repartir. Je la salue. J'ouvre la porte d'entrée. Le froid me saisit et me déshabille: il m'enlève le manteau de chaleur moite que j'avais enfilé à l'arrivée. Je jette un dernier coup d'oeil à cet appartement hors du temps quand soudain j'aperçois une statue de pierre d'une vingtaine de centimètre de hauteur, posée sur la télévision. C'est un buste, le buste d'un homme dont le regard me transperce. Ayant rangé mon papier qui me permettait de communiquer, je pointe ledit objet avec un regard intrigué. Mathilde me répond: &quot;la statue&amp;nbsp;? c'est moi qui l'ai faite.&quot; Je renvoie oralement par réflexe: &quot;vous sculptez ?&quot; Elle a dû lire sur mes lèvres car elle poursuit: &quot;oui, le temps n'existe plus quand je sculpte. Vous voulez voir d'autres pièces ?&quot;. Je fais un signe de la tête pour confirmer et re-rentre dans l'appartement. Je remets aussitôt le manteau de chaleur moite que je venais de quitter pendant que Mathilde soulève une sorte de rideau qui masque un faux placard. L'appartement est toujours gris, toujours sale et il fait toujours trop chaud et trop froid en même temps. Mais dans ce placard, propre d'ailleurs, il n'y a plus de notion de température. Dix, vingt, trente, il y a peut-être cinquante statuettes entassées et plus bas, dans une caisse, des outils pour tailler la pierre. Des mains, des visages, des bustes qui agissent ou qui contemplent. C'est comme si Mathilde avait ouvert la porte d'un monde à elle, un monde que ni l'hiver ni le silence de cette ville-vacance ne peuvent atteindre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je regarde plusieurs pièces. Je félicite Mathilde. Elle m'explique qu'elle sculpte depuis des années et c'est vrai qu'indépendamment de l'élan artistique, son geste technique semble maîtrisé. Elle sourit. Moi aussi. Je repars. Sur le parking de la résidence, il fait toujours aussi gris et la bruine est toujours là. Mais j'ai plus chaud qu'en arrivant. Je souris encore.&lt;/p&gt;




&lt;p&gt;Crédit photo: &lt;a href=&quot;http://www.istockphoto.com&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;iStockPhoto&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Estelle</title>
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    <pubDate>Wed, 25 Jun 2008 09:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Anorexie</category><category>Chien</category><category>Epagneul Breton</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand l'animal dévoile la personnalité de son propriétaire...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/DSC00348.JPG&quot; alt=&quot;DSC00348.JPG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il fait chaud. La clinique est climatisée mais on se rend compte à chaque seconde qu'il fait chaud dehors. A travers la vitre de la porte d'entrée, les gens qui s'affairent sur le parking portent des vêtements amples qui ne les empêchent pas de transpirer. À l'intérieur, l'air, bien que frais, est sec comme tous les airs de climatisation et donne cette permanente sensation de sécheresse et de soif. Climatisation ou pas climatisation, les animaux couchés sur le sol frais dans la salle d'attente halètent, de chaud, de sec ou de peur. Sûrement un peu des trois. La matinée s'achève. Les chirurgies sont faites. Je traverse le couloir en direction d'une salle dite de repos histoire de boire le café que je me suis fait il y a deux bonnes heures. Un café froid. Dans le Sud, on dit &quot;frappé&quot;. En traversant ce couloir central, je jette un coup d'oeil réflexe au parking et à ce qui s'y passe. Souvent pas grand chose hormis l'enchaînement régulier des clients. L'observation est furtive tant je maîtrise désormais la traversée dudit couloir. À ce moment précis où je lance un regard quasi-panoramique sur le parking, tel un capitaine sur son navire, je vois Alphonse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alphonse est arrivé si vite à sa place que personne n'aurait pu la lui prendre. Il avait dû la repérer de loin, comme si elle lui avait été déjà acquise alors qu'il n'était pas encore dessus. Un court instant, j'ai même cru à un accident tant la masse imposante de son Renault Espace, version longue, se déplaçait avec force. L'engin s'immobilise, miracle. Alphonse n'est pas encore descendu. Le véhicule, déjà onéreux, est couvert d'options de camouflage: peinture métallisée noire, vitres fumées noires. Tout est noir. Presque glacial. Il fait chaud mais le parking vient d'un coup se refroidir. Alphonse ouvre la porte du conducteur d'où l'on distingue des sur-tapis noirs, un cuir noir et un fond gris foncé. Cet équipement façon luxe fait froid dans le dos. Mieux que la climatisation. Décidément Alphonse a les moyens. Pas forcément de goût en matière automobile mais les moyens.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Avec un tel véhicule, on s'attend à voir sortir une bande d'enfants qui viennent de se détacher de leurs sièges ISOFIX; une mère épuisée, côté passager qui s'extirpe du véhicule avec douleur, comme les cinq ou six accouchements qu'elle a déjà vécus pour remplir ledit moyen de transport; et un chef de famille, conquérant, qui feint de surveiller sa progéniture, mais contemplant en fait l'excellence de sa puissance reproductrice. Non, personne ne sort. La porte du conducteur est toujours ouverte. Mais Alphonse reste assis. On distingue sans peine ses souliers vernis, des chaussettes grises à poinçon et un pantalon de costume noir à rayures. Il fait toujours chaud. Puis, interrompant de droit cette pause hors du temps, Alphonse sort quasi-mathématiquement, tel un militaire, sans nuance mais avec une exécution parfaite du geste. Rapide, sans trace, efficace, Alphonse maîtrise la descente, comprendre en langage militaire, le &quot;sortir&quot; d'un Renault Espace trop long, trop noir, trop tout, bref de son char d'assaut.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Arrivé au sol -oserai-je écrire &quot;atterri&quot; ?-, Alphonse scrute rapidement les alentours, comme le ferait un parachutiste tout juste tombé en territoire ennemi. Alphonse se tient droit comme un &quot;i&quot;. C'est bien un costume complet qu'il porte. Sa chemise est boutonnée jusqu'en haut et sa cravate de fort bon goût mais tout aussi austère achève de fermer l'armure. Il faut toujours aussi chaud mais Alphonse appartient à cette catégorie de nos concitoyens qui ne transpirent jamais, même sous un costume fermé en plein soleil. Alphonse a les cheveux blancs. Demi-tooooour droite&amp;nbsp;! Il est assez incroyable de voir comment Alphonse a réussi à systématiser, à décortiquer, à enfermer dans une procédure chaque mouvement qu'il fait, en tout cas chaque mouvement qu'il fait depuis qu'il est arrivé. Il arrive à hauteur de la porte arrière gauche qu'il ouvre sans ménagement. Difficile de voir de là où je suis. Mais il n'y a visiblement rien sur le siège arrière. Les pieds joints, jambes toujours tendues, Alphonse adresse un signe de la tête précis et vif que l'on pourrait traduire par: &quot;vous avez trois secondes pour sortir&quot;. Sort un Epagneul Breton, femelle vue la taille, 3-4 ans maximum, assez jolie. A ma grande surprise, la chienne sort en sautant puis stoppe immédiatement, assise, le regard droit semblant dire: &quot;attendons instructions&quot;. Le Général Alphonse achève de fermer son véhicule et lance le mouvement en direction de la porte d'entrée de la clinique. La chienne suit, au pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je décide de rester dans mon couloir. J'attends. La porte s'ouvre. Une traître vague de moiteur extérieure tente de rentrer avec les bruits de la rue. Alphonse rentre en premier. La chienne suit et vient s'asseoir aux pieds de son maître qui a fait halte au comptoir d'accueil. Alphonse a le regard fixe, transperçant, dirigé vers &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Auxiliaire_spécialisé_vétérinaire&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;l'ASV&lt;/a&gt;. Il est là depuis quelques secondes et on a l'impression qu'il reproche déjà une attente trop longue. Mon ASV est terrorisée. Il faut que j'y aille; il va me la casser. Je m'approche. J'ai l'impression d'entendre dans sa tête: &quot;intrus en vue à 2h, distance 10 mètres. Attendons instructions / Passez le moi en direct / Affirmatif. Rotation tête 30° ouest&quot;. Le chien n'a toujours pas bougé. Je ne sais plus s'il fait chaud ou s'il fait froid. Alphonse a tourné la tête d'environ 30° et me fait désormais face. Mon ASV respire. Déjà une de sauvée. Je vois bien mieux Alphonse que lorsque je l'observais sur le parking. Alphonse n'est pas gros mais il est gras. Son costume de fort bonne coupe peine à cacher son ventre. Ses cheveux blancs courts et frisés sont moins nombreux qu'auparavant: il y a dû avoir désertion. Mais l'ensemble donne l'illusion d'une chevelure. Son visage est rond et la peau déjà bien détendue. Ses deux petits yeux bleus trahissent une sclère légèrement jaunie caractéristique d'un trouble hépatique persistant. En y regardant de plus près les joues d'Alphonse sont injectées de petits vaisseaux rougeâtres trop visibles. Il n'est pas là pour ça, mais nous pourrions envisager de tester son cholestérol; probablement au plafond. Alphonse n'a toujours pas parlé. La chienne n'a pas bougée. Personne ne parle plus dans las alle d'attente. Les trois clients qui attendent, d'abord prêts à intervenir en considérant à juste titre qu'Alphonse tentait de leur passer devant, se sont finalement calmés, se contenant de fixer Alphonse et son immobilisante stature. A la réflexion, je crois que même les chiens ont arrêté de haleter.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me lance, téméraire: &quot;Monsieur, c'est pour quoi ?&quot;. J'attends la riposte adverse, peut-être résigné. Dans mon champs de vision, derrière Alphonse, mon ASV semble même contenir ses épaules en rentrant sa tête comme on fait quand on attend quelque chose d'inéluctable. Je suis déjà même prêt à répondre à une phrase du type: &quot;Jeune homme, c'est pour un vaccin réglementaire et plus vite que ça&quot;. Un nuage diffus vient de couvrir le soleil. La pièce est plus sombre. Soudain, les petits yeux d'Alphonse s'entre-ouvrent et s'illuminent. Son visage s'arrondit, ce qui soulève un peu ses oreilles. Il prend un grande respiration et répond: &quot;Docteur, c'est pour Estelle. Elle n'a pas mangé ce matin. Ca ne lui arrive jamais. Et en plus nous partons faire un grand voyage ce week-end&quot;. Il lache mon regard et se tourne en douceur vers son chien: &quot;Hein, Estelle tu n'as rien mangé ce matin. Dis-lui au vétérinaire que tu n'a rien mangé&quot;. Il revient vers moi: &quot;Docteur, vous pouvez faire quelque chose ?&quot;. Tout le monde respire. Les chiens de la salle d'attente semblent s'être remis à échanger. Leurs maîtres aussi. Mon austère homme d'affaire, sûrement célibataire endurci, retournerait ciel et terre pour son Estelle. Un grand timide. Un grand seul. Et son chien.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Tenir</title>
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    <pubDate>Fri, 16 May 2008 00:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Boxer</category><category>Chien</category><category>Hospitalisation</category><category>Pneumonie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand l'espérance devient une compétence...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/boxer.jpg&quot; alt=&quot;boxer.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Qu'il fait sombre dans cette salle d'hospitalisation&amp;nbsp;! Il faut que j'y mette un éclairage complémentaire. Le chenil n'est pas plein en cette fin de matinée. En bas, dans les grandes cages, récupère un berger allemand femelle qu'on a castrée deux heures plus tôt. A l'étage le plus haut, dans les cages plus petites, surveillent deux chats. L'un en pleine forme, chat européen, mâle, non castré, 6 mois tout au plus, trouvé la veille par une grand-mère du quartier. L'autre, vieux Chartreux mâle de 14 ans, bien mieux depuis 2 jours, sous perfusion, afin de compenser une crise de calculs urinaires conséquente mais résolue. Ni les uns ni les autres ne font de bruit, ce qui, avec la faible lumière, contribue à rendre la pièce presque reposante. Le Chartreux est silencieux, comme profitant du soulagement que lui procure sa sonde urinaire qui le libère des calculs. L'européen trouvé ronronne légèrement en se frottant aux barreaux de sa cage, comme pour appeler au contact. Et le Berger Allemand respire profondément. Ce n'est pas le Boxer situé dans une cage de la rangée intermédiaire qui pourrait perturber ce calme. Orion est un chiot Boxer de presque 3 mois, un tout jeune animal donc. Il est chez nous depuis 2 semaines maintenant. 2 semaines, c'est terriblement long, trop long. Marie et sa famille ont acheté Orion dans l'animalerie du coin. Tendre, tentant, le chiot Boxer derrière sa vitre en Plexiglass, empêtré dans les copeaux de bois éparpillés en guise de litière. Seul dans sa vitrine avec pour unique compagnon la carte vert fluo scotchée à ladite paroi et qui, outre la confirmation de sa race, Boxer, annonce son prix. A peine rentrés à la maison avec ledit animal et son lot d'options (coussin, croquettes, shampoing, jouet en plastique), Marie et sa famille ont bien entendu qu'Orion toussait. Mais quelle énergie&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La toux n'a fait qu'empirer si bien qu'au bout de quatre jours, Marie s'est résolue à nous amener Orion. Pâle, apathique, avec une température corporelle qui faisait des aller-retours entre 36 et 40°C, Orion n'était pas beau à voir. Déjà maigre à la sortie de l'animalerie, il avait perdu du poids ne mangeant rien depuis son arrivée chez ses propriétaires. Orion, quoique de constitution robuste, a été livré avec une toux de chenil qui se complique déjà en pneumonie bactérienne. J'ai hospitlisé Orion le jour même. Et si les antibiotiques permettent de contrôler l'infection, l'atteinte de l'appareil respiratoire est profonde. Pendant son hospitalisation, les examens complémentaires et particulièrement les radiographies ont confirmé des lésions peut-être irréversibles. Orion respire avec un pourcentage de poumon viable à peine croyable. L'alimentation assistée, dite par voie naso-gastrique ne permet pas de donner à Orion l'énergie suffisante. Les perfusion d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires ne lui permettent pas de prendre le dessus. Le virus et les multiples bactéries qui ont profité de l'infection virale sont plus forts. En fait, Orion meurt lentement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Depuis deux semaine que je les côtoie, j'ai appris à connaître Marie et sa famille. Marie est petite, les cheveux blonds, courts, la quarantaine, la peau usée par le soleil, comme souvent chez nous. Marie est un paradoxe: elle est dynamique et de nombreuses fois, en venant rendre visite à Orion, elle a su donner quelque énergie dans la clinique; Marie est une femme qui se bat. Pourtant, les traits de son visage sont tirés comme fatigués, pas forcément fatigués de se battre, tout simplement fatigués d'être. Après quelques jours d'hospitalisation, quand, à notre grande surprise, l'état d'Orion, quoique que grave, se stabilisait dans sa gravité, nous avons presque pris un rythme quotidien de visite, à la demande de Marie. C'est au cours de ses visites que j'ai appris que la fille de Marie souffre d'une grave insuffisance rénale et qu'elle est en attente d'une greffe. Difficile compassion, plus ou moins inconsciemment associée à la certitude de ne rien pouvoir faire de plus pour Orion. A chaque visite, Marie m'écoute. Je lui explique comment les choses évoluent, ce que je fais, pourquoi je le fais. Elle m'écoute encore, attendant que j'indique une amélioration. Mais rien. Et puis Marie passe dix bonnes minutes avec Orion, seule. Il y a huits jours, profitant d'une récente &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Dialyse&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;dialyse&lt;/a&gt;, Marie m'a présenté sa fille. Forcément mieux plus la dialyse précédente est proche. La fille de Marie est fine, trop fine, maigre, fatiguée mais terriblement volontaire. Je n'ai pas revu sa fille depuis. Mais depuis huit jours, je demande quotidiennement des nouvelles à Marie. Elle me donne des nouvelle de sa fille. Je lui donne des nouvelles d'Orion. Et pour les deux cas, il n'y a qu'à attendre. Une attente insoutenable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans cette salle d'hospitalisation si calme et trop sombre, n'ayant toujours aucun paramètre ou signe clinique montrant une évolution favorable, je me dis que nous avons tout tenté. Je me dis aussi qu'il est peut-être temps que Marie donne l'intégralité de son énergie et de son temps pour sa fille. Orion ne mange toujours rien. Tous les traitements passent. Epuisent-ils plus Orion qu'ils ne le sauvent&amp;nbsp;? L'auscultation pulmonaire est un cauchemar. Lors de sa prochaine visite, il va falloir faire comprendre à Marie que nous n'y arriverons peut-être pas. Je termine ma visite des animaux hospitalisés et retourne en salle de consultation faire un vaccin à un chien qui a rendez-vous. C'est décidé: après le vaccin, je parlerai à Marie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En ouvrant la porte de la salle de consultation pour raccompagner la propriétaire du chien à vacciner, j'ai le temps d'apercevoir Marie qui est arrivée entre temps. Comme tous les jours, elle m'attend auprès de son chien. Je salue ma cliente et son chien nouvellement vacciné puis retourne d'un pas décidé vers le chenil. Je ne change pas d'avis. Je ne fais que devancer de quelques jours. Je le sais. En marchant, je revois le visage de la fille de Marie, le visage de Marie, cette saleté de liste d'attente de greffe. Ce n'est pas bon: je suis en train de mettre de l'émotion dans ce cas. Ce n'est pas professionnel et ça va forcément contre l'intérêt du patient. Impassible, je dois être impassible. Mais je n'y parviens pas. Mais pourquoi a-t-il fallu qu'ils achètent un chiot boxer à demi-mort&amp;nbsp;? Avaient-ils besoin d'un épisode si douloureux en plus de celui qu'ils vivent au quotidien avec leur fille&amp;nbsp;? Et pourquoi faut-il que nous tombions sur un cocktail de bactéries particulièrement agressives, sur un individu peut-être finalement plus faible que la normale&amp;nbsp;? L'injustice est intolérable. Mais quand on la voit agir, elle est écoeurante.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rentre dans le chenil. Marie a la tête et les bras enfoncés dans la cage. Je sais qu'elle lui parle. Comme tous les jours elle a posé son sac à main à ses pieds. Mais pour la première fois, un sac en plastique de grande surface en sort. Elle m'a entendu. Elle commence à sortir la tête de la cage. Je commence à préparer mon annonce. Quand elle tourne la tête et me voit enfin, son visage est clair. Même la pièce en semblerait plus claire. Je n'y vois pas les traits tirés. Est-ce l'éclairage&amp;nbsp;? &quot;Docteur&quot;, me dit-elle. &quot;Docteur&amp;nbsp;! Il mange !&quot;. Comment ça il mange&amp;nbsp;? Ca fait 15 jours qu'il mange par sonde. Et son repas n'est pas en ce moment. Elle poursuit: &quot;je me suis permise de lui apporter du steack haché&quot;; et je distingue enfin dans sa main qui sort aussi de la cage un vrai morceau de steack haché de boucher, fraichement hâché, qui devait être dans le sac en plastique. A même sa main, Marie a proposé ledit morceau de viande, parce que c'est le mieux mais aussi la seule chose qu'elle pouvait faire. Elle ne peut pas accélérer la liste d'attente des greffes mais elle peut apporter du boeuf à son chiot qui s'étouffe dans une grave pneumonie. Je m'approche. Orion mange. Il n'est pas mieux qu'il y a quinze minutes. Mais il mange. Et un animal qui mange est un animal qui s'en sort. Rien dire. Ne surtout rien dire. Evidemment ne pas parler de pronostic sombre. Ne pas laisser espérer une guérison non plus. Laisser l'instant. C'est son instant. Sa victoire à Marie. Elle me regarde. Son oeil est sec, comme s'il avait déjà donné toutes les larmes d'une vie entière pour sa fille. Pas moi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Marie a continué à revenir tous les jours avec un steack haché. Nous avons pu enlever la sonde naso-gastrique. Et Orion a pris des forces lui permettant de supporter le traitement. Une semaine plus tard, Marie et sa fille sont reparties avec Orion et un long traitement. Quelques mois plus tard, il avait refait son retard de croissance. La greffe, elle, était toujours en attente.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Toi-même</title>
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    <pubDate>Fri, 18 Apr 2008 19:53:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Chien</category><category>Colopathie</category><category>Doberman</category><category>Homéopathie</category><category>Sociopathe</category><category>Syndrome de privation</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=114820.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cidj.com/Viewdoc.aspx?docid=350&amp;amp;catid=1&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;&lt;/a&gt;Quand la tentation de rendre la pareille est trop forte...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/hulk.jpg&quot; alt=&quot;hulk.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sultan et Jacinthe entrent dans la salle de consultation. En analysant précisément la scène, c'est plutôt Sultan qui entre dans la salle. Jacinthe suit, accrochée. Assez paradoxalement, c'est elle qui a décidé de montrer Sultan au vétérinaire. Pourtant c'est Sultan qui initie le mouvement, une fois arrivé à la clinique. Sultan est un doberman trop court, trop jeune. Jacinthe aussi voudrait être trop mais elle n'est pas assez. Trop belle, mais c'est raté. Trop grande mais elle est petite. Trop mince mais ses habits de très bonne coupe peinent à cacher une couverture homogène d'&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Adipocyte&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;adipocytes&lt;/a&gt;. Sultan est vif, fougueux. Il aime tout. Il aime aimer. Il aime bouger. Oui, Sultan, c'est le chien fidèle. Le chien-chien fidèle. Sultan a ce regard ahuri que parviennent à avoir certains de nos concitoyens. Vif, voire injecté de sang, mais terriblement vide, comme si chaque seconde à venir était encore plus désirée que la précédente, mais comme si surtout il ne parvenait à jouir d'aucune d'entre elles. Sultan entre dans la salle, tendu comme un arc. Il attend la seconde d'après.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Arrivée à une vitesse qu'elle n'avait pas forcément prévue, Jacinthe, qui ralentit maintenant que Sultan se tend à l'arrêt, reprend ses -son- esprits. L'immobilisme du carnivore persistant, Jacinthe, ô comble de l'insolence, tente même, sans demander la permission à Sultan, de s'asseoir. Elle pose ses lunettes de marque, son foulard de marque, ses gants de marque et son sac à main de marque sur mon bureau et ne parvient pas à rendre discret un long soupir d'épuisement et de soulagement peut-être. Elle est arrivée. Sultan, tel un radar de tour de contrôle, fait des mouvements circulaires avec sa tête, le reste du corps toujours aussi tendu. Je n'ai encore rien dit. Jacinthe non plus. Seul le rythme rapide et marqué du halètement de Sultan remplit la salle. Quoiqu'immobiles tous les deux, voire calmes, ils maintiennent la laisse terriblement tendue. Comme Sultan. Je me lance: &quot;_Que se passe-t-il ?&quot; &quot;_C'est Sultan&quot;, me répond-elle. Encore heureux. J'amorce un sourire. Sultan le remarque immédiatement et bloque pour la première fois depuis qu'il est rentré son regard dans une direction, la mienne. Je poursuis: &quot;Et ?&quot;. Elle renvoie: &quot;Sultan souffre d'une douloureuse colopathie fonctionnelle&quot;. Ca y est. Encore une qui sait tout. Je les adore. Encore plus après le déjeuner. Taquin, je renvoie: &quot;Une colopa-quoi ?&quot;. Jacinthe, toute de marque vêtue ne comprend pas et commence à croire que je n'y connais rien. Andouille. _&quot;Mais enfin Docteur, une colopathie fonctionnelle !&quot;. Je relance: &quot;Et que voulez-vous exactement ?&quot;. _&quot;Mais enfin Docteur, vous ne connaissez pas le traitement des colopathies fonctionnelles ?&quot;. Difficile quoique très tentant de répondre à Jacinthe que cette expression veut à la fois dire tout et n'importe quoi, particulièrement en médecine humaine, et qu'il peut arriver à certains de l'employer pour occuper le maigre intellect de quelques patientes trop de marque vêtues. Mais je ne peux pas. Jacinthe comprendrait malgré tout que je parle d'elle et que je commence à comprendre non seulement son problème mais aussi celui de son adorable chien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je la laisse continuer. La meilleure façon d'aborder un abcès est de le laisser se vider. Elle coule encore: &quot;_Vous savez Docteur, il y a ses médicaments homéopathiques. Je suis sûre que vous traitez les colopathies fonctionnelles avec des médicaments homéopathiques, non ?&quot;. C'est assez agréable d'avoir une cliente qui apporte en plus de son chien, le diagnostic et le traitement. Passé de taquin à agacé, je renvoie, sans ménagement: &quot;Je ne prescris pas d'homéopathie&quot;. _&quot;Comment, intervient-elle, mais, mais comment faites-vous alors ?&quot; &quot;Mais, je soigne, Madame, je soigne. D'ailleurs, regardons Sultan&quot;. A la prononciation de son nom, Sultan, qui ne m'a toujours pas quitté du regard se tend un peu plus. Et quand je commence à me lever, je distingue très clairement ses &lt;a href=&quot;http://www.chu-rouen.fr/ssf/anat/muscletemporal.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;crotaphytes&lt;/a&gt; qui gonflent. L'examen est musclé. Avec l'aide de mon ASV, je parviens néanmoins à palper l'abdomen de Sultan. Aucun signe clinique. Et la vivacité de Sultan le confirme: il va très bien. Pas plus de colopathie fonctionnelle qu'autre chose. En revanche, hyperattaché, en syndrome de privation ou tout simplement sociopathe, Sultan est dangeureux car il pourrait passer à l'acte très vite. Pour affiner, il faudrait parler plus avec Jacinthe mais Jacinthe n'est pas prête à entendre qu'elle ne maîtrise pas son chien et qu'elle est probablement entrain d'en faire un monstre, entre ses accessoires de marque; monstre dont finalement elle pourrait être la prochaine victime. Non, Jacinthe est venue chercher un médicament homéopathique pour une colopathie fonctionnelle. Que faire&amp;nbsp;? Laisser partir Jacinthe sans la prévenir qu'elle vit avec la réincarnation canine de Landru serait criminel et déontologiquement illégal. Tout lui avouer&amp;nbsp;? Cela va conduire à une joute verbale dont le plus grand risque sera qu'elle fasse diminuer la tension que Jacinthe met dans sa main pour tenir la laisse, donnant l'impression audit doberman qu'il a carte blanche. Professionnel jusqu'au bout, je lache: &quot;Avant de s'occuper d'une colopathie fonctionnelle qui est loin d'être avérée et de dépenser des fortunes dans des traitements dont on n'a pas encore vu une étude sérieuse sur d'éventuels effets, il serait temps de considérer Sultan comme un danger potentiel. Pour les autres et d'abord pour vous&quot;. Et me voilà à lister tous les indices que j'ai pu glaner depuis qu'ils sont entrés, indices caractéristiques d'une très forte tension chez ce chien, d'une incapacité totale de sa maîtresse à le maîtriser et annonciateurs d'une pathologie comportementale, bien réelle celle-là. La réaction ne se fait pas attendre; retrouvant de la vigueur, Jacinthe se tend elle aussi. Elle monte son buste bedonnant tout en reprenant ses accessoires de mode et lance: _&quot;Oh, mais oh, mais oh, vous n'êtes pas compétent! Je ne viendrai plus chez vous !&quot;. Intérieurement, je me dis: &quot;Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir&quot;. Elle saisit fermement, pour une fois, la laisse de Sultan, ce qui a l'avantage immédiat de perturber l'animal. Pour la première fois depuis vingt minutes, il vient d'arrêter de me fixer. Elle continue: _&quot;Me dire à moi, que mon chien a une pathologie comportementale&amp;nbsp;! Mais mon chien, moi Monsieur, il m'obéit !&quot; Si j'étais Hulk, c'est à ce moment là que mes yeux deviendraient verts et que je doublerais de volume, y laissant une chemise et un jean. Je ne suis que vétérinaire. Ca suffira. Il vous obéit votre chien, Madame&amp;nbsp;? Je vais vous prouver que non.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jacinthe et Sultan sont debout. Ils se rapprochent de la porte d'entrée pendant que Jacinthe vocifère. Volontairement, je fixe ledit quadrupède, ce qui n'est pas la chose la plus conseillée. Je fixe encore. Je le regarde un peu au dessus des yeux, ce que son canin cortex va interpréter comme une violente défiance. Tout en fixant, je double le couple et saisis la poignée de la porte d'entrée, de sortie en l'occurrence. Si j'ouvre très vite la porte, si je lance un ordre glacial en continuant de fixer Sultan, et si, comme je l'ai annoncé, Jacinthe a perdu le contrôle de son chien, le spectacle devrait être à la hauteur. J'y vais. J'ouvre ladite porte comme pour générer un élan et hurle: &quot;Et bien je ne vous retiens pas !&quot;. Comme convenu, agressif, mais libéré, Sultan se jette dans l'ouverture pour quitter la pièce avec une force que plusieurs fiers gaillards n'auraient pas arrêtée. Dans sa tension toute empreinte de prise de position, Jacinthe a serré depuis plusieurs minutes sa main sur la laisse, si bien que Sultan embarque sa maîtresse dans son mouvement. Le choc est rude. Jacinthe est véritablement projetée hors de la clinique. Pendant un quart de seconde, je regrette. Puis je repense à la colopathie, à l'homéopathie, au sac à main de marque et plus que tout au danger que représente cet animal. Il fallait un choc rude. La porte se referme lentement. Et j'entends toujours les hurlements de Jacinthe qui diminuent plus elle s'éloigne dans la rue, toujours emportée par son adorable chien qu'elle ne maîtrise donc pas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Expliquer</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/04/08/Expliquer</link>
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    <pubDate>Tue, 08 Apr 2008 13:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Chien</category><category>coup de chaleur</category><category>Shi Tsu</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand soigner ne suffit pas...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/rayon-soleil.jpg&quot; alt=&quot;rayon-soleil.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&quot;Bang, kling, fizzz !&quot; Bang, c'est le bruit d'un coup de pied violent que vient de se recevoir la porte d'entrée de la clinique. Visiblement, le visiteur a les mains prises pour ouvrir la porte d'une manière plus conventionnelle. Kling, c'est le bruit du rayon à l'entrée qui indique, une fois croisé, que quelqu'un rentre. C'est uniquement au cas où l'on n'entend pas la porte s'ouvrir. En fait, c'est le système normal. Mais là, la porte aurait suffi. Fizzz, c'est le dernier soupir dudit mécanisme d'alerte car l'ouverture de la porte a été telle qu'elle en a endommagé l'appareil, le condamnant irrémédiablement. _&quot;Quoi Bang, Kling, fizzz ?&quot;, me dis-je. Je n'ai pas le temps d'aller plus loin dans la réflexion; déjà rentré dans la salle d'attente, sans saluer personne et particulièrement pas l'assistante qui était là, le défonceur de porte poursuit sa course jusque dans la salle de consultation où je suis. J'ai à peine le temps de retenir la porte de ladite salle, elle aussi normalement destinée au même sort. Ouf, je l'ai retenue.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je lève la tête en direction du dynamique intrus. Je m'attends à découvrir un rugbyman à la carrure digne de notre club local. Peut-être avec un gros chien dans les bras ou un minuscule canaris, ça m'est arrivé également, aussi avec un rugbyman. Josette est là, au milieu de la salle, essoufflée, proche de l'asphyxie. Josette est petite et grasse. La cinquantaine bien entamée, elle se tient courbée sur ses deux grosses jambes trop courtes. De toutes façons, on n'y voit pas grand chose tant elle est recouverte pour ne pas dire enveloppée d'un grand châle en laine qui lui descend jusqu'à mi-mollet. Plus bas, on distingue de vieux bas noirs, ou sales, et de mauvaises imitations de chaussures de sport colorées, qui jurent singulièrement sur cet attelage morbide. Morbide et sale, car, à y regarder de plus prêt, Josette est sale. D'abord la véritable tornade qu'elle a été pour entrer dans la clinique a déplacé des courants d'air nauséabonds derrière elle. Avec un réflexe totalement professionnel acquis à l'école vétérinaire, je passe spontanément en respiration buccale, empêchant tout air de frôler mon &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Os_éthmoïde&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;ethmoïde&lt;/a&gt; et ainsi de percevoir ladite puanteur. Ensuite, parce qu'elle a les ongles longs sous lesquels on distingue sans peine une crasse sédimentaire. Enfin parce que ses cheveux noirs, trop peu nombreux, sont plaqués sur son crâne rond, plaqués parce que la saleté les colle. Josette est myope et porte de vielles lunettes qui rendent flous le contour de ses yeux. Elle me fait face. Elle tousse deux fois sans mettre sa main devant la bouche. De respiration buccale, je passe à apnée. Diantre, la consultation va devoir être courte car, en apnée, je tiens rarement plus de 3 minutes, et encore, sans bouger. A ce moment de là, soit trente bonnes secondes après l'arrivée du tsunami de crasse, je n'ai pas encore identifié la raison de sa venue. Alors qu'elle s'apprête à parler, Josette ouvre alors son grand châle. Un frisson me traverse. J'ai l'impression d'entrer dans les entrailles de Moby Dick. Je ne peux pas fermer plus ma respiration. Qu'est-ce que je pourrais fermer&amp;nbsp;? Tiens, les yeux. Je vais fermer les yeux pour m'habituer progressivement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;A va mourir, Mssieur, A va mourir !&quot;. Drôle d'idée d'appeler son chien &quot;A&quot;. Je ré-ouvre progressivement les yeux et découvre un Shi-Tsu violet. L'urgence est réelle et tout s'explique. Josette vient en urgence pour son chien d'à peine 5 kilos mais de facilement 10 ans qui, en cette forte journée d'été, fait un coup de chaleur. C'est assez impressionnant et souvent très grave. En fait, &quot;A&quot; s'appelle Hochette -en tout cas, c'est phonétiquement ce que je retranscris des paroles de Josette. Et Hochette est violette, quasi-inconsciente. Elle bave des quantités de salive qui se mélangent au châle de Josette et qui, accessoirement diluent quelque peu la crasse dont Josette est recouverte. Josette sent mauvais. Hochette aussi. Il fait chaud et humide. Je saisis l'animal en me récitant le classement systématique des antiseptiques et le pose sur la table. Josette a du mal à me la laisser. J'accompagne mon geste d'un: &quot;Je vais m'en occuper Madame&quot;. Elle me répond entre deux respiration &quot;A va mourir !&quot;. Ca devient lassant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hochette fait un bon 40,3°C. Son coeur frôle les 200 pulsations minutes. C'est bien un coup de chaleur. Et c'est effectivement bientôt la fin. &quot;A grave ?&quot;, lance Josette qui commence seulement à reprendre une respiration normale. _&quot;Je vais emmener Hochette dans l'autre salle. Vous restez là. Je reviens.&quot;. Fort, car dans la moiteur ambiante, j'ai failli répondre &quot;A va emmener Hochette&quot;. Mise sous perfusion froide, bain glacé pour redescendre cette fichue température, monitoring, oxygène, analeptiques respiratoires. Hochette est toujours quasi-inconsciente mais le coeur donne vite quelques bons signes. Un quart d'heure plus tard, Hochette est repassée sous les 40°C. Je laisse Hochette avec l'assistante en salle de soin et reviens dans la salle de consultation, espérant que la tornade n'ait pas irrémédiablement incrusté son odeur caractéristique dans le mobilier. Deux bonnes respirations amples et je rentre en apnée. Je suis accueilli par un &quot;A va mourrir ?&quot;, dont l'intonation est réellement interrogative et non plus exclamative, ce qui peut laisser penser que Josette soit capable de nuances. Je craque: &quot;Non, A va pas mourir !&quot; Je poursuis: &quot;Mais il s'en est fallu de peu. Où l'avez-vous retrouvée comme ça ?&quot;. Ses petits yeux vides ne bougent plus. Elle doit être en train d'intégrer ce que je viens de dire. Elle réagit: &quot;A va pas mourir alors ?&quot;. &quot;Non, Madame, je viens de vous dire qu'il s'en est fallu de...&quot; Et je comprends alors que même l'expression &quot;s'en être fallu de peu&quot; va être trop complexe, trop imagée pour Josette. Je reprends les fondamentaux: &quot;Non, A va pas mourir. De justesse. Comment ça lui est arrivé ?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ca y est, Josette a intégré le message. Elle réfléchit, si. Elle me répond: &quot;Etait en cousse au Supru&quot;. Je reformule: &quot;Vous étiez en courses au Super U&amp;nbsp;! Mais où était Hochette pendant que vous poussiez le caddy ?&quot; Le dialogue s'installe&amp;nbsp;: &quot;Accrochée al laisse dohors&quot;. Tout s'explique. Il va falloir transmettre l'explication: &quot;Il fait trop chaud dehors à cette heure. Trop de soleil. Attachée en pleine soleil et sans eua, Hochette ne supporte pas la température et fera le même malaise si vous recommencez. Vous avez compris ?&quot; Silence intense. J'imaigne ce qu'elle pense et la première sensation qui me vient à l'esprit est ce bruit caractéristique que faisaient les anciens modems, bien avant l'ADSL, quand ils tentaient une connexion à internet. Allons-nous pouvoir nous connecter avec Josette&amp;nbsp;? Elle répond enfin: &quot;A d'accord. A d'accord&quot;. C'est ce que je craignais. Elle n'a rien compris. Je continue: &quot;Je vais garder Hochette en observation. Revenez ce soir vers 7h&quot;. Je me sens obligé de rajouter: &quot;Compris ?&quot;. Elle répond, plus vite cette fois: &quot;Ce soir, 7h&quot;. Tiens, là, ça a l'air d'être mieux passé. Josette remet son châle, déplaçant une nouvelle fois des masses d'air contaminées. Il ne fait que 35°C dehors, elle a raison de mettre son châle. Elle me remercie et fait demi-tour pour rejoindre la sortie. On lui ouvre toute les portes, par anticipation. Elle salue les clients qui attendent dans la salle d'attente d'un &quot;Msieurs 'dames&quot;. Sur le pas de la porte, elle me lance: &quot;Ira plus au Supru !&quot;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Seuls</title>
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    <pubDate>Sun, 30 Mar 2008 11:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En consultation</category>
        <category>Cancer</category><category>Caniche</category><category>Chien</category><category>Euthanasie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand il ne reste plus rien...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/piqure.jpg&quot; alt=&quot;piqure.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Paul et Marthe sont là, dans la salle d'attente. Ils ont rendez-vous et ne sont pas en retard. Moi non plus. Disciplinés, presque mathématiques, ils sont assis, jambes parallèles. Le brouhaha de la clinique qui s'éveille ne les atteint pas. Marthe, comme son mari, a 70 ans passés. Je les connais bien: ça fait déjà quelques années que je soigne Vickie. Vickie est un caniche ni nain, ni moyen, ni noir, ni blanc. Comme à son habitude, Marthe porte un pantalon de toile, des chaussures avec un soupçon de talon et un chemisier coloré. Marthe prend toujours soin d'elle. De grandes lunettes au montures marquées protègent deux grands yeux clairs, lucides. Marthe a les cheveux mi-longs pas tout à fait argentés et les tient grâce aux artistiques coups de ciseaux de son coiffeur. Elle a gardé Vickie sur ses genoux et a figé son regard sur l'animal. Paul est tout aussi bien portant, bien plus grand cependant. La calvitie triomphante a découvert un crâne volumineux qu'il cache derrière un béret de bonne tenue. Paul porte un pantalon de velours, des chaussures ni belles ni moches, et un pullover grenat, assez fin. Lui regarde droit devant lui. Forcément usé par la vie, Paul conserve une force digne et transmet dans ses gestes et son regard une incroyable fierté humble, aussi paradoxal cela soit-il. Le soleil du matin qui éclaire presque horizontalement la clinique concentre sa luminosité sur leurs mains. Tous les deux ont de vielles mains, à la peau détendue et aux veines proéminentes. De belles mains qui pourraient à elle seules raconter les 70 dernières années de toutes les autres parties du corps, le cerveau en premier. Les mains de Marthe luttent contre une arthrite déformante. Et la pathologie gagne du terrain malgré toute la force de caractère de Marthe. Elle s'emploie pourtant à les rendre toujours plus belles, arborant des bagues elles-aussi sûrement chargées d'histoire. Marthe a posé ses deux mains sur Vickie. Les mains de Paul sont plus larges, plus épaisses, peut-être plus protectrices. Elle ne sont pas déformées mais, si on laisse le regard un instant dessus, on peut observer un léger tremblement. Les mains de Paul sont considérablement blanches laissant par contraste des ongles fort bien dessinés mais à la structure irrégulière. Les ongles trahissent toujours en ce qui concerne l'âge, que l'on soit adolescent ou retraité. Paul a posé ses mains sur ses genoux. Avec Marthe et Vickie, ils attendent, en silence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me présente dans la salle d'attente, à leur hauteur. C'est d'abord Paul qui me voit, levant son regard en même temps qu'il se lève lui-même. Nous ne parlons pas. Il se tourne vers Marthe qui se lève plus lentement, d'autant qu'elle prend soin de Vickie. Nous ne parlons toujours pas. Nous nous dirigeons vers la salle de consultation. Ils me précèdent. J'ai bien voulu porter ou le chien ou le sac à main de Marthe mais leurs regards à tous les deux m'ont même dissuadé d'amorcer le geste; Paul et Marthe revendiquent l'autonomie et la possession du moment, non pas dans un combat illusoire contre l'âge mais parce que ce moment-là, ce matin-là, ne doit appartenir à personne d'autre. Je vais euthanasier Vickie. Ils le savent. Nous avons pris rendez-vous pour cela.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Marthe a déposé Vickie sur la table mais ses mains l'entourent toujours. Vickie, de haut de ses 14 ans, souffre d'une &lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/30/[&quot; title=&quot;fr&quot;&gt;insuffisance cardiaque&lt;/a&gt; décompensée et malheureusement d'un &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Néoplasie_maligne&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;cancer&lt;/a&gt; qui s'est généralisé particulièrement dans le foie et les poumons. La semaine dernière, j'ai dû annoncer que nous rentrions dans les soins palliatifs, que je ne pouvais rien faire de mieux si ce n'est tenter de rendre les dernières semaines les plus douces possibles. Paul et Marthe ont passé le week-end là dessus. Et puis lundi, ils m'ont appelé, pour que l'on arrête, parce que, disent-ils, &quot;ils lui doivent bien ça&quot;. Paul et Marthe n'ont eu qu'un seul fils qui est décédé 10 ans plus tôt lors d'un accident de la route. Sans enfants, sans petit-enfants, Paul et Marthe sont terriblement attachés à Vickie. Je le sais. Vickie est à demi consciente, épuisée par ces crises de toux qui n'en finissent pas, cachectique. Sa respiration est le seule bruit dans la pièce.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'explique à Paul et Marthe comment cela va se passer: d'abord je vais endormir Vickie, puis, dans un second temps, j'injecterai un second produit qui arrêtera le coeur, pendant son &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Anesthésie_générale&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;anesthésie générale&lt;/a&gt;. J'ai beau parler d'anesthésie, Marthe me demande, pour se rassurer, non, pour parler tout simplement: _&quot;Elle ne va pas souffrir, Docteur ?&quot;. _&quot;Non, c'est clairement l'objectif que nous avons tous en arrêtant aujourd'hui&quot;. Puis je leur indique qu'ils peuvent assister ou partir maintenant, voire assister à l'anesthésie mais pas à la piqûre mortelle. L'émotion est forte mais Paul et Marthe ont cette incroyable dignité qui les fait tenir. C'est Paul qui me répond: _&quot;On va rester, Docteur&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai du mal à trouver une veine sur Vickie tant une sub-déshydratation et l'insuffisance cardiaque l'affectent. Mais je parviens à poser le &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Cathéter&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;cathéter&lt;/a&gt;. Vickie n'a rien dit. Et quand bien même, elle n'en a pas la force. En poussant l'anesthésique dans la veine, je laisse sortir, à voix basse: &quot;c'est maintenant qu'elle doit vous sentir près d'elle&quot;.  Paul ne bouge pas. La dignité le paralyse. C'est Marthe qui se rapproche. Elle va lui parler. Je place le stéthoscope sur mes oreilles pour suivre les battements cardiaques de Vickie. Lent et irrrégulier. Il n'est pas impossible que l'anesthésique seul ne tue Vickie. Je n'entends pas ce que Marthe lui dit. Tant mieux. J'ai fini d'injecter. Vickie a immédiatement laissé tomber sa tête dans les mains de Marthe. Les mains de Marthe. Malheureusement, l'anesthésie laisse les yeux ouverts et ce n'est pas ce qui simplifie la tâche. Je saisis l'autre seringue. Je regarde Paul qui m'adresse un signe de la tête. Je regarde Marthe qui cligne des paupières en guise de consentement. Ce clignement a pressé des larmes derrière les vitres de ses trop grandes lunettes. Je pousse. Vickie ne resiste pas une seconde. Le coeur vient de s'arrêter. Je dois conclure: _&quot;c'est fini&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Marthe déjà à demi-pliée puisqu'elle avait les coudes sur la table, n'a qu'à baisser la tête pour rencontrer Vickie. Paul a déplacé ses mains. Il a posé la droite sur Vickie et la gauche sur le bras de son épouse. Ils ne parlent pas. _&quot;Je vous laisse quelques minutes&quot;, dis-je. Ils sont seuls dans la salle, histoire que ce moment leur appartienne effectivement, à eux, rien qu'à eux. Quand je rentre à nouveau, après avoir frappé discrètement comme si je n'étais pas chez moi, ils sont en train de s'éloigner de la table. Vickie est immobile. Les grandes lunettes de Marthe contiennent son émotion avec difficulté. Paul a les yeux humides. Il me serre la main en premier, fortement, longtemps, me fixant du regard. Je tiens. En me tendant sa main frêle, déformée et froide, Marthe lance alors que sa gorge se noue: &quot;_Il l'avait connue&quot;. &quot;Il&quot;, c'est leur fils. Je tiens toujours. Paul, un peu en avant, ralentit son mouvement pour que son épouse vienne à sa rencontre. Sa grosse main blanche vient lui prendre l'épaule. Il laisse sortir: &quot;Viens Marthe, viens&quot;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Contre la montre (2/2)</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/15/Contre-la-montre-2/2</link>
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    <pubDate>Sat, 15 Mar 2008 23:31:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>De garde</category>
        <category>benzodiazépines</category><category>Chien</category><category>somnifères</category><category>épilepsie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le médicament nuit à la consultation... (suite)&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Je commence à comprendre. Cynique, je lance: &quot;Et ?&quot; Il conclut: &quot;Faudra qu'on fasse vite car ils vont faire effet&quot;. Faire vite&amp;nbsp;? L'important c'est Junior. En fait, Junior vient de faire une crise d'épilepsie. La crise est impressionnante et ne sera sûrement pas la dernière. Mais en dehors de la crise, Junior, comme tous ses congénères atteints de la même maladie, est parfaitement normal. Je peux rassurer et renvoyer vite mes policiers de la nuit. D'un autre côté, si je connais bien les différentes étapes de l'abandon de soi chez le chien qui succombe à un tranquillisant, je dois avouer ne pas avoir ce recul chez l'homme. C'est décidé: je vais faire durer la consultation.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Il a bien mangé Junior ce soir ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Oui, docteur&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-&quot;Il a mangé quoi ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;De boeuf bourguignon.&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Combien ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Je ne sais pas, Docteur&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Ah, c'est important. Souvenez-vous ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;_&quot;Pourquoi ça pourrait avoir un rapport avec le boeuf bourguignon ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jean-Jacques, déjà soulagé d'être parvenu jusqu'à la clinique, et maintenant affalé sur la chaise depuis quinze bonnes minutes, s'éloigne un peu plus de nous à chaque instant. Les &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Benzodiazépines&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;benzodiazépines&lt;/a&gt; font leur effet. Jean-Jacques ne dort pas mais n'est plus vraiment éveillé. Il est détendu. Le fait que je concentre les échanges sur son épouse ne contribue pas à le maintenir éveillé. Sylviane, bien au contraire, lutte. Elle lutte terriblement avec le double objectif de me donner les réponses les plus précises pour améliorer le pronostic de Junior et de ne pas tomber de sommeil devant le vétérinaire traitant que je suis. Challenge vital et social, Sylviane lutte, forçant l'intensité de son regard, même si quelques signes de pré-&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Ataxie&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;ataxie&lt;/a&gt; commencent à poindre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle résiste Sylviane. Il faut accélérer le processus, l'activité des calmants. Je prends toujours mon temps. Je palpe Junior. Je me tais et prends cette attitude de concentration intense, à l'écoute des signes cliniques. Sylviane dodeline de plus en plus. Elle attend. J'entends son souffle. Tout à coup, mon regard se fige. Ma main qui palpe aussi. Survoltée, Sylviane prend peur. _&quot;Qui y-a-t-il, Docteur ?&quot;. Sans le savoir, Sylviane vient d'augmenter son rythme cardiaque et propulse un peu plus vite, un peu plus profondément les calmants dans chaque cellule de son corps. _&quot;Rien&quot;, dis-je. Je poursuis, inquisiteur: _&quot;Mais, Junior n'aurait-il pas pu avoir accès à vos calmants ?&quot;. Sylviane lutte de plus en plus mais avec de moins en moins de succès. Elle n'est pas tout à fait remise du stress que je lui ai provoqué quelques minutes avant. Derrière son regard, toujours intense et toujours lié à cette tête qui ne dodeline plus mais balance réellement, on distingue maintenant, en plus de la peur pour Junior et de la honte d'être dans cet état devant le vétérinaire, la culpabilité d'avoir peut-être empoisonné ce fidèle compagnon de tous les jours. Culpabilité, car au niveau de concentration sérique en calmant où elle est arrivée, Sylviane, dans la confusion générale, ne peut plus vérifier, se souvenir et doit se résigner à se condamner, au bénéfice du doute. Il en va de la vie de Junior&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La tête de Sylviane, toujours debout, commence à piquer. Il me semble entendre ce bruit si particulier que font les avions dans les films d'action quand ils tombent à pic. Les sirènes hurlent. Du haut de ma tour de contrôle, je comprends que je dois arrêter le supplice, d'abord parce qu'il a assez duré, ensuite parce que je risque de devoir ramener mes deux compagnons de soirée chez eux tant ils seront paralysés par leur traitement. Je dois même faire assez vite. Libérateur, je rassure le couple sur l'état de Junior. Je commence à expliquer ce qu'est une crise d'épilepsie. Non, ce n'est déjà plus possible: Jean-Jacqes et Sylviane ont décroché. Il leur est resté suffisamment d'influx nerveux pour entendre et intégrer que Junior était hors de danger; une sorte d'énergie du sprint final qu'ils avaient gardée pour ça. Mais après, plus rien. Je rajoute&amp;nbsp;: &quot;Un peu de repos et puis vous reviendrez, en journée, pour la mise en place d'un traitement de fond&quot;. &quot;_Oui, Docteur&quot;. &quot;_Soyez rassurés.&quot; &quot;_Oui, docteur&quot; _&quot;Et il faudra arrêter le Boeuf Bourguignon&quot;. &quot;_Oui, Docteur&quot;. J'aurais pu leur demander de donner des frites tous les jours à Junior, ils auraient répondu: &quot;oui, Docteur&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je comprends qu'il est illusoire de parler note d'honoraire, traitement, ordonance. Il devient urgent de les raccompagner. Jean-Jacques est un zombie. Il se lève et se tourne vers la porte. On a l'impression que seule la tête bouge. Le corps suit. Sylviane récupère Junior et, dans le flou chimique qui la contient, le serre un peu trop. Junior qui semble surpris. Je lance: &quot;vous ne rentrez pas en voiture quand même ?&quot;. &quot;_Oui, Docteur&quot;. Je sais qu'ils rentrent à pied. Ils habitent à côté. J'ouvre la porte de la clinique. Il fait nuit. Jean-Jacques et Sylviane ont une démarche de plus en plus stéréotypée. La fraîcheur de la nuit va leur permettre de tenir jusqu'à leur appartement, qui est fort heureusement en ligne droite depuis la clinique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai revu Sylviane et Jean-Jacques le lendemain matin. Ils avaient bien dormi. Junior aussi.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Contre la montre (1/2)</title>
    <link>http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/07/Contre-la-montre-1/2</link>
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    <pubDate>Fri, 07 Mar 2008 11:46:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>De garde</category>
        <category>Chien</category><category>somnifères</category><category>tétanie</category><category>Yorkshire</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le médicament nuit à la consultation...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/gellules.jpg&quot; alt=&quot;gellules.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il est 22h. Jean-Jacques et Sylviane arrivent, inquiets, et s'engouffrent dans la clinique. Jean-Jacques et Sylviane sont fonctionnaires de police. La quarantaine très entamée, ils se précipitent portant Junior dans leur bras. Ils m'ont appelé quelques minutes plus tôt: Junior est en crise de tétanie&amp;nbsp;! Jean-Jacques, dont l'embonpoint exclusivement concentré sur le bas de l'abdomen indique qu'il est soit en situation perpétuellement assise, soit très adepte des breuvages à base de houblon, soit les deux, est fatigué. Décoiffé, de grands yeux bleus hagards, un début de barbe dont le dernier rasage remonte à ce matin très tôt. Il s'affale dans le siège devant mon bureau et pousse un intense soupir d'épuisement mais également de soulagement. Jean-Jacques, qui n'est pas loin du quintal, s'est véritablement liquéfié dans le siège, recroquevillant sa colonne vertébrale à un point tel qu'une radiographie prise dans l'instant aurait été interdite aux mineurs. Trop dur. Les plis de sa peau vieillie et finalement assez riche en tissus gras s'étalent également, donnant l'impression d'un doux torrent du désespoir, interminable. Tout coule chez Jean-Jacques, tout coule sur Jean-Jacques: le temps, la fatigue, la vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sylviane est en retrait, toujours debout. Elle porte Junior que l'on distingue à peine sous la couverture. Sylviane déjà petite et frêle, le parait plus encore à côté de son mari. Sylviane a les cheveux très courts, en brosse, avec une couleur faite il y a trop longtemps. Une sorte de blond percutant qui ne va pas du tout avec ses petits yeux noirs. A ce moment très précis, son regard est d'autant plus intense qu'il est submergé par l'inquiétude. Une intense tristesse achève de compléter une fatigue réelle, comme si Sylviane était déjà couchée quand Junior a commencé ses convulsions. Le brosse jaunie n'est pas pas jolie mais, à demi écrasée sur le côté de la tête qui reposait vingt minutes plus tôt sur l'oreiller, elle fait de Sylviane une sorte d'épouvantail trop maigre, ahuri, désorienté. Son regard noir parvient à assombrir la pièce. Elle me fixe. Heureusement que Sylviane porte un vilain jogging bleu clair. Même si ce n'est pas très assorti au jaune de ses cheveux, ça a le mérite de renvoyer un peu de lumière. Je ne m'aperçois pas que je suis en train de fixer trop longtemps son jogging. Elle, si. Elle justifie: &quot;On était couchés. J'ai enfilé quelque chose vite fait. Excusez-nous, Docteur&quot;. Pris en flagran-délit, je tourne la tête de quelque degrés et tombe sur le pantalon de Jean-Jacques. Lui est toujours en pyjama; il s'est contenté de mettre un pull au dessus. Tiens, il a des charentaises.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rassure le couple: l'important, ce ne sont pas les vêtements mais Junior. Tiens, Junior, où est-il&amp;nbsp;? _&quot;Posez le sur la table&quot;, dis-je, en finissant de passer un coup de désinfectant sur ledit support. _&quot;Je peux ?&quot;, renvoie Sylviane. _&quot;Oui, et enlevez-moi cette couverture&quot;. Sylviane pose Junior avec plus de soin qu'on en prendrait pour un prématuré. Junior, qui, il y a vingt minutes convulsait dans les pires souffrances, me regarde, tranquille. Finalement, c'est peut-être des trois le regard le plus serein que j'ai en face de moi. Et c'est le mieux habillé aussi. Junior, contrairement à ce que son nom pourrait indiquer, n'est ni le fils d'un précédent chien fidèle de la famille et encore moins un Berger Allemand. Junior est un Yorkshire de six ans, régulièrement suivi à la clinique. A jour de tous ses vaccins, Junior est le protégé de Sylviane et Jean-Jacqaues. C'est malheureusement l'enfant qu'ils n'ont pas eus. Je connais bien Sylviane et Jean-Jacques; ils m'ont souvent parlé de leur commissariat, de leur vie, de leur chien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jean-Jacques est toujours assis. Mais il s'est tourné vers la table d'examen, tordant un peu plus son axe vertébral. La nature fait décidément des miracles. Cette rotation a renforcé un bourrelet au niveau du cou qui finalement soutient la lourde tête de Jean-Jacques, toujours fatigué, et lui garantit de maintenir le regard au niveau de la table, au niveau de Junior. Plus tendue mais tout aussi proche du sommeil, Sylviane s'est plantée comme un piquet devant Junior et moi. Ses mains sèches et maigres agrippent la table.Sylviane tangue d'un pied sur l'autre, légèrement et dodeline transversalement de la tête. Le spectacle est unique. Dans l'obscurité de la nuit qui traverse les fenêtres de la clinique, Sylviane agite son pompon de chevelure jaune dans toutes les directions, de quelques centimètres seulement, mais suffisamment pour hypnotiser n'importe qui qui y arrêterait le regard. Paradoxalement, par un effet d'optique, ses deux yeux noirs perçant semblent ne pas bouger. Ils attendent le diagnostic.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors que je commence à regarder Junior, toujours aussi tranquille et qui se demande, comme moi, ce qu'il fait là, Jean-Jacques intervient. _&quot;Il faut qu'on vous dise, Docteur.&quot; Je lève la tête. Il poursuit _&quot;Vous savez que Sylviane et moi, on est très stressés par notre travail&quot;. Je pense: &quot;Oui, Jean-Jacques mais on va se concentrer sur Junior si vous le voulez bien; je n'assure pas de permanence sociale la nuit&quot;. Il continue: &quot;C'est vraiment dommage parce qu'à cinq minutes près, on n'aurait pas pris nos médicaments&quot;. _&quot;C'est à dire ?&quot; _&quot;Et bien, reprend-il, quand Junior a eu sa crise de tétanie, nous venions juste de prendre nos médicaments pour dormir&quot;. &lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/07/Contre-la-montre-1/à suivre&quot; title=&quot;à suivre&quot;&gt;à suivre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Le meilleur ami de l'homme</title>
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    <pubDate>Wed, 05 Mar 2008 16:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>CHEZLEVETO.COM</dc:creator>
        <category>En voyage</category>
        <category>Bichon</category><category>Chien</category><category>cushing</category><category>train</category>    
    <description>&lt;p&gt;Quand le chien prend une place à part entière.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Kévin est anxieux et résigné. Apparemment il ne prend pas si souvent le train. Ce moment difficile doit passer. Kévin attend qu'il passe. Il occupe fièrement sa place sur laquelle il tente vainement de s'endormir. Frisé, tout blanc, Kévin me regarde avec ses grands yeux noirs. Kévin ne parle pas. Kévin, c'est un chien. Un croisé Bichon très exactement. J'ai remarqué Kévin en montant dans la rame car il occupait le couloir, freinant considérablement la progression de tous ceux qui comme moi arrivaient. En regardant plus précisément, bien qu'assez occupé à poser mes affaires, j'ai distingué la fine laisse qui partait de Kévin pour aller à Mireille. Mireille est seule. Elle a les traits tirés par une certaine fatalité comme si elle avait décidé d'admettre la vie qu'elle mène sans pour autant l'accepter. Mireille a les cheveux courts et usés. Elle porte un vague t-shirt qui peut également servir de chemise et de gilet. D'une façon générale, elle semble assez adepte des solutions simples et rapides qui ont fait leurs preuves. Elle s'habille vite, se coiffe vite. Tout ce temps gagné serait-il consacré à Kévin&amp;nbsp;? En tout cas, elle pourrait éviter de balader Kévin quand la moitié de la rame s'installe.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/public/kevin.jpg&quot; alt=&quot;Kévin&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De ma place dans ce TGV, je vois plus Kévin que Mireille. Et c'est tant mieux. Du moins, c'est autant instructif tant Kévin est forcément à l'image de sa propriétaire. Enquête animalière. Kévin est fraîchement toiletté. Dire qu'il s'est fait beau pour un si grand voyage est peut-être à l'excès mais cela signe l'exigence que Mireille a dans leur relation. Blanc, court tondu, Kévin pourrait presque briller si plusieurs pathologies ne venaient tagguer ladite toison. Kévin a des sécrétions lacrymales abondantes et concentrées. Prises dans les poils, elles sont comme souvent colonisées par des bactéries de la peau dont la particularité est de sécréter des pigments rougeâtres. Deux longs filaments rouges ont définitivement coloré le poil, venant ainsi dessiner le pourtour du chanfrein de notre usager canin. Kévin halète. Il est anxieux. La gueule ainsi ouverte, il découvre un tartre homogène et une plaque dentaire conséquente. Et oui, Mireille, il ne suffit pas de toiletter l'extérieur! Le caractéristique sillon rouge entre la gencive et les plaques de tartre signe une parodontite bien installée. Vous vous trompez de toiletteur, Mireille. D'ici quelques mois, Kévin devra repasser aux petits pots. Cette parondontite entraîne également une salivation plus intense. La même salive s'est elle aussi prise dans les poils où l'humidité ainsi maintenue a été colonisée par les mêmes bactéries pour y laisser les mêmes traces. Rouge sous les yeux, rouge sous les lèvres, Kévin pousse le détail jusqu'à rougir également ses pattes qu'il lèche trop. En bon Bichon anxieux et trop nourri, Kévin souffre d'une pododermatite chronique aux effets tout aussi colorants. Enfin, Kévin est gras. Nul doute qu'il mange bien trop et particulièrement en dehors des repas. L'habile toiletteur sait masquer les rondeurs pour satisfaire Mireille mais le surpoids est bien présent. La nette distension de la ligne du ventre est inquiétante et signe peut-être déjà une pathologie endocrinienne bien connue chez ces petits chiens&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/05/#pnote-1-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Une prise de sang s'impose pour contrôler tout ça, Mireille&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais Mireille a d'autres préoccupations. Elle s'occupe du bien-être immédiat de Kévin et c'est son unique mission dans cette rame. Kévin a dû payer sa place. En tout cas, il l'occupe &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/05/#pnote-1-2&quot; id=&quot;rev-pnote-1-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; Kévin a souvent soif, ce qui corrobore l'hypothèse d'une pathologie endocrinienne à venir. Mais Mireille a tout prévu. Elle dispose à même le fauteuil un bol en plastique qu'elle remplit d'eau minérale, oui, minérale: j'ai entendu le bruit de la bague qui cédait quand elle a ouvert la bouteille. Kévin se jette véritablement pour ne pas dire métaboliquement sur cette eau providentielle. En bon représentant de son espèce, il arrose copieusement ladite écuelle et tout ce qui l'entoure: le fauteuil. Mais, poli, Kévin sait s'essuyer sur le dossier. Il tourne, se retourne et sème assez régulièrement ses poils qui tombent si facilement en cette chaude saison.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Soudain, Kévin descend de son siège et se lance dans le couloir. Agacé&amp;nbsp;? Inquiet&amp;nbsp;? Il commence à déambuler dans la rame, toujours attaché à son fil d'Ariane. Au même moment, un cadre qui fait tâche dans cette voiture de vacanciers, tente de rejoindre le bar. Il est bien sûr arrêté dans sa course par la laisse tendue entre Mireille qui fait des mots-croisés et Kévin qui visite. Mireille s'en aperçoit . Aussitôt, en &quot;maman&quot; responsable, elle intervient, de façon éducative et s'adresse à Kévin: _&quot;pousse-toi Kévin, tu vois bien que tu gènes&quot;. Comme si Kévin pouvait comprendre quelque chose. Evidemment Kévin ne bouge pas. Ledit cadre s'impatiente si bien que Mireille, résignée, doit reprendre en un coup de laisse son enfant terrible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Kévin a dormi ensuite une bonne partie du voyage. Quand il s'est levé, j'ai pensé au prochain voyageur qui s'assiéra à sa place. Les équipes de nettoyage de la SNCF vont avoir fort à faire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/05/#rev-pnote-1-1&quot; id=&quot;pnote-1-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Syndrome de Cushing&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.chezleveto.com/blog/index.php?post/2008/03/05/#rev-pnote-1-2&quot; id=&quot;pnote-1-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] La SNCF a une tarification liée au poids de l'animal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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